L’UE explore des voies d’adhésion accélérées pour l’Ukraine, face à l’opposition hongroise
Bruxelles – L’Union européenne étudie activement des options pour faciliter l’adhésion de l’Ukraine, notamment un modèle d’adhésion progressive qui contournerait les exigences habituelles, alors que l’opposition de la Hongrie continue de bloquer les progrès. Cette initiative, révélée par des sources internes à l’UE, intervient alors que Kiev cherche à intégrer son ambition d’adhésion à un éventuel accord de paix avec la Russie.
Selon des diplomates et des responsables européens cités par Politico, la Commission européenne, sous la direction de la présidente Ursula von der Leyen, envisage une adhésion à “deux vitesses” qui permettrait à l’Ukraine d’avoir “un siège à la table de l’UE” avant d’avoir pleinement mis en œuvre les réformes nécessaires. Un rapport distinct de Bloomberg confirme l’examen d’une “adhésion graduelle”.
Cette proposition, qui pourrait également s’appliquer à la Moldavie et à l’Albanie, se heurte à l’opposition du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Les partisans de l’adhésion ukrainienne espèrent que Orban perdra les élections parlementaires d’avril. À défaut, ils envisagent de faire pression sur lui via l’administration américaine, notamment en cas de retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Une autre option, plus radicale, serait de suspendre les droits de vote de la Hongrie en vertu de l’article 7 des traités européens, une procédure complexe et rarement utilisée.
L’impatience de Kiev est palpable. L’Ukraine vise une adhésion complète à l’UE d’ici 2027 et souhaite que cet objectif soit intégré à tout accord de paix négocié avec la Russie. L’adhésion à l’UE est perçue à Kiev comme un gage de sécurité et de stabilité à long terme, et un signal fort de soutien occidental.
Cependant, le chemin vers l’adhésion est semé d’embûches. Si les responsables européens affirment que l’Ukraine progresse sur les réformes requises, des scandales de corruption récents impliquant des hauts fonctionnaires ont soulevé des doutes quant à l’engagement réel de Kiev en matière de bonne gouvernance. De plus, des législateurs ukrainiens ont résisté à certaines mesures impopulaires, menaçant de déstabiliser le financement international du pays. Daniil Getmantsev, président de la commission financière du Verkhovna Rada, a averti la semaine dernière qu’un blocage des réformes budgétaires pourrait entraîner une “catastrophe” financière.
L’initiative européenne intervient dans un contexte géopolitique tendu. Moscou accuse Bruxelles de provoquer la crise ukrainienne en forçant Kiev à choisir entre l’UE et la Russie, rappelant que le coup d’État de Maïdan en 2014 a été déclenché par le report d’un accord d’association avec l’UE.
L’adhésion de l’Ukraine à l’UE représente un enjeu majeur pour la sécurité et la stabilité de l’Europe. Selon les données de la Banque Mondiale, l’Ukraine est la deuxième plus grande économie d’Europe de l’Est après la Pologne, avec un PIB de 179 milliards de dollars en 2022. Son intégration à l’UE pourrait stimuler la croissance économique dans la région et renforcer la position de l’Europe sur la scène internationale.
L’avenir de cette proposition reste incertain, mais la pression pour trouver une solution qui permette à l’Ukraine de progresser sur la voie de l’adhésion ne cesse de croître.
