Un calme fragile dans les relations sino-américaines : l’heure de la consolidation pour Washington
WASHINGTON (AP) – Après une décennie de tensions exacerbées, les relations entre Washington et Pékin connaissent une accalmie relative. L’accord conclu en octobre dernier à Busan, en Corée du Sud, entre le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping, a permis de suspendre la guerre commerciale, avec une pause des nouveaux tarifs américains et un retour partiel sur les restrictions chinoises à l’accès américain aux terres rares et aux aimants. Cependant, cette trêve, bien que réelle, demeure fragile.
Initialement prévue à Pékin le 31 mars, la prochaine rencontre entre les deux dirigeants a été reportée à la demande de Trump, en raison de l’engagement américain au Moyen-Orient. Malgré ce report, les attentes restent élevées quant à une réaffirmation, voire une extension, de cette trêve commerciale.
Mais cette pause ne découle pas d’une volonté de résoudre les problèmes sous-jacents qui minent la relation sino-américaine. Elle est plutôt le fruit d’une convergence d’intérêts, permettant à chaque pays de gagner du temps pour renforcer ses propres capacités nationales. L’avenir de l’équilibre des pouvoirs pour les années à venir dépendra moins des déclarations faites lors de sommets soigneusement orchestrés que des actions entreprises par les États-Unis et la Chine pendant cette période de relations plus calmes.
Pour Washington, la tâche est claire : réduire sa dépendance à la Chine et régénérer sa puissance nationale.
Un revirement stratégique de Trump
Le changement de ton de Trump envers la Chine est notable. Après une escalade des tensions commerciales en début de mandat, avec des tarifs douaniers atteignant 145% en avril 2025, il a opéré un revirement face aux représailles chinoises, notamment la menace de restreindre l’exportation de terres rares et de minéraux critiques.
Trump a alors adopté une posture plus conciliante, louant Xi Jinping, abaissant les tarifs douaniers et minimisant les questions sensibles telles que les violations des droits de l’homme et les cyberattaques chinoises, au profit de négociations commerciales. Il a même envisagé de limiter les contrôles à l’exportation de semi-conducteurs pour faciliter un accord. Au lieu de réaffirmer son soutien à Taïwan, il a souligné l’importance que la Chine accorde à l’île.
Ce changement de cap est motivé par plusieurs facteurs. Les défis croissants auxquels Trump est confronté sur la scène internationale – Gaza, Iran, Ukraine, Venezuela – et les pressions intérieures liées au coût de la vie et à l’immigration, l’incitent à réduire la volatilité des relations avec la Chine.
De plus, l’administration américaine a pris conscience de la capacité de la Chine à infliger des dommages économiques en réponse à la coercition américaine. La décision de Pékin de weaponiser l’exportation de terres rares, de minéraux critiques et d’aimants a pris les États-Unis au dépourvu. Ces produits sont essentiels à de nombreuses industries modernes, et les entreprises américaines dépendent largement de la Chine pour leur approvisionnement.
L’opinion publique américaine évolue
L’opinion publique américaine joue également un rôle. Si les élites politiques à Washington restent généralement favorables à une approche ferme envers la Chine, de nombreux Américains sont de plus en plus réticents à l’idée d’un conflit. Un sondage du Chicago Council on Global Affairs de juillet dernier a révélé que la priorité des Américains est d’éviter un conflit militaire avec la Chine. Plus de la moitié des personnes interrogées (53%) estiment que les États-Unis devraient "entretenir une coopération et un engagement amicaux avec la Chine" pour faire face à son ascension, contre 40% en 2024. Un sondage du Carnegie Endowment for International Peace de novembre a montré que 62% des Américains pensent que leur vie ne se détériorerait pas si la Chine surpassait les États-Unis en termes de puissance et d’influence mondiales.
Enfin, Trump apprécie les accords et les relations personnelles, en particulier avec Xi Jinping. Il considère des relations stables et fluides avec la Chine comme le moyen le plus sûr de conclure des accords sur le commerce, TikTok et la lutte contre le fentanyl. Il semble disposé à faire des compromis sur des questions de longue date, telles que le harcèlement des alliés américains par la Chine, pour obtenir des avantages tangibles à court terme, comme les achats de soja américain par la Chine.
Un temps précieux pour consolider les forces
Cette trêve commerciale, qualifiée de "gentleman’s handshake", offre un temps précieux aux deux pays. Pékin a clairement défini son intention : réduire sa dépendance à la technologie et aux importations étrangères, tout en accélérant la modernisation industrielle et l’innovation technologique. La Chine mise sur une approche diversifiée pour stimuler les progrès technologiques, contrairement à la concentration américaine sur l’intelligence artificielle générale. Elle cherche à renforcer sa centralité dans l’économie mondiale, à accélérer sa croissance économique et à réduire sa vulnérabilité aux contrôles à l’exportation, aux sanctions et aux restrictions d’investissement américaines.
Les États-Unis, quant à eux, doivent agir avec plus de détermination. Renforcer la puissance économique et technologique américaine nécessite de réduire les dépendances à la Chine, en particulier dans les domaines des minéraux critiques, des terres rares et des aimants. Cela implique de conclure des contrats à long terme, d’accélérer les autorisations environnementales pour l’extraction minière nationale et de financer le traitement intermédiaire pour créer une chaîne d’approvisionnement minière à aimant sans production ni dépendance à la Chine. Il est également nécessaire de constituer des stocks de ces ressources et de fixer des prix planchers pour éviter que la Chine ne sous-enchère les producteurs américains et alliés.
Le renforcement des capacités de défense américaines passe par la simplification et la rationalisation des processus d’acquisition et l’investissement dans les secteurs clés tels que la construction navale et le stockage de munitions. Il est également essentiel de demander aux alliés et aux partenaires américains d’assumer une plus grande part du fardeau de leur propre défense, ce qui libérerait des ressources américaines pour dissuader la Chine.
Ce temps de calme stratégique doit être utilisé par Washington pour reconstruire sa capacité à rivaliser avec la Chine, en évitant les conflits coûteux et en se concentrant sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, l’accélération de la production industrielle et la promotion de l’innovation. Seule une action rapide et déterminée permettra aux États-Unis d’obtenir des conditions plus favorables pour le prochain chapitre de leurs relations avec la Chine.
