Le bras de fer migratoire de Trump : Noem évincée, Mullin entre en lice, et des conditions de détention alarmantes
Washington – Le gouvernement Trump poursuit sa politique migratoire controversée, marquée par une augmentation spectaculaire des détentions et des conditions de vie dégradées pour les migrants, tandis que le cabinet de la Sécurité intérieure (DHS) connaît un nouveau remaniement. Kristi Noem a été remerciée de son poste de secrétaire au DHS début mars, remplacée par le sénateur de l’Oklahoma, Markwayne Mullin, un ancien combattant de mixed martial arts.
Cette décision, révélée le 5 mars, s’inscrit dans une logique de renouvellement fréquent des équipes autour de Donald Trump, où le pouvoir est souvent éphémère. Noem, bien que disposée à exécuter les directives présidentielles, notamment en matière de déportations massives, n’était pas une architecte de cette politique. C’est Stephen Miller qui demeure le véritable artisan des politiques d’immigration de l’administration Trump. Son influence pourrait même être renforcée par ce changement de leadership au DHS, lui offrant une nouvelle marge de manœuvre.
Le DHS est actuellement confronté à une crise multidimensionnelle : une suspension temporaire des opérations d’arrestation massives suite à des accusations d’abus en Minnesota, et une paralysie partielle due à l’opposition des démocrates au Congrès. Malgré ces difficultés, l’administration Trump maintient ses ambitions, ouvrant la voie à une nouvelle crise humanitaire et juridique.
Les chiffres sont alarmants. Le DHS détient actuellement plus de 70 000 personnes dans des prisons à travers le pays, un record depuis sa création en 2002. Vingt-trois migrants sont déjà décédés en détention au cours de l’année fiscale en cours, ce qui laisse présager un bilan supérieur à celui de l’année précédente, déjà la plus meurtrière depuis des décennies.
L’administration a également rouvert des centres de détention fermés par les administrations précédentes et transformé des espaces temporaires dans des bâtiments fédéraux à Los Angeles et New York en centres de détention de longue durée. Les conditions de détention se sont considérablement détériorées, caractérisées par la surpopulation, les abus et le manque de surveillance.
Un témoignage poignant recueilli par ProPublica illustre la détresse vécue par les migrants : une jeune Hondurienne de 14 ans, résidant à New York depuis sept ans, a déclaré : « Depuis que je suis arrivée dans ce centre, tout ce que vous ressentirez, c’est de la tristesse et surtout de la dépression. » Elle était détenue depuis 45 jours en attendant sa déportation, en violation d’un accord légal qui limite la durée de détention des mineurs à 20 jours.
Le plus grand centre de détention du pays, un campement de tentes appelé East Montana, situé sur une base militaire à El Paso, a été érigé en moins de deux mois. Un détenu a témoigné auprès de l’ACLU des conditions insalubres : « La poussière entre par les trous dans les bouches d’aération. » Un rapport confidentiel de l’ICE, obtenu par le Washington Post, a révélé plus de 60 violations du code en 50 jours, notamment un manque de soins médicaux adéquats et l’absence de téléphones, empêchant les détenus, dont 80 % n’ont pas d’antécédents criminels, de contacter leurs avocats ou leurs familles. Trois décès sont survenus dans ce centre en six semaines cet hiver, dont celui d’un Cubain de 55 ans, déclaré homicide par le médecin légiste du comté d’El Paso. L’ICE aurait même tenté d’accélérer la déportation des témoins de l’altercation qui a conduit à sa mort. Des épidémies de tuberculose et de rougeole ont également été signalées, et les agents de l’ICE auraient utilisé ces conditions déplorables pour faire pression sur les détenus afin qu’ils signent des documents d’expulsion.
Le Congrès, à majorité républicaine, a alloué 45 milliards de dollars au DHS l’été dernier pour la construction de nouvelles prisons. Cet argent a permis à l’ICE de maintenir ses activités malgré la paralysie partielle du gouvernement. L’administration utilise ces fonds pour acquérir de grands entrepôts à travers le pays et les transformer en centres de détention. Un de ces entrepôts, près de Camp East Montana, dans la petite ville de Socorro, devrait accueillir 8 500 personnes. Un autre, à Social Circle, en Géorgie, serait le plus grand établissement pénitentiaire unique des États-Unis.
