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Trump à Davos : tensions transatlantiques et avenir de la mondialisation

Tensions transatlantiques à Davos : Trump défie l’ordre libéral mondial

DAVOS, Suisse – Le Forum économique mondial de Davos s’est déroulé cette année sous le signe de l’incertitude, marqué par une posture agressive de l’administration Trump envers l’Europe et une remise en question de l’ordre libéral international. La présence de Donald Trump et de hauts responsables américains a attiré une attention particulière, symbolisant un défi direct aux principes fondateurs de la réunion annuelle suisse.

L’atmosphère était tendue, notamment après les récentes déclarations de Trump concernant l’acquisition potentielle du Groenland, une proposition qui a suscité l’indignation à Copenhague et soulevé des questions sur la stabilité des relations transatlantiques. Au-delà de cette singularité, l’administration américaine a affiché un mépris généralisé envers l’Europe, alimentant les craintes d’une rupture plus profonde.

“La condescendance et l’hostilité sont des éléments clés de cette posture”, explique Adam Tooze, chroniqueur économique pour Foreign Policy, dans une conversation avec Cameron Abadi, diffusée sur le podcast Ones and Tooze. Tooze souligne que les éléments les plus idéologiques du mouvement “Make America Great Again” (MAGA) semblent plus préoccupés par l’Europe que par la Chine ou la Russie, considérant le Vieux Continent comme une extension du “PMC” (Professional Managerial Class) libéral qu’ils dénoncent aux États-Unis.

Cette vision s’est traduite par une volonté de déstabiliser les efforts européens en matière de lutte contre le changement climatique, notamment en défendant le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat. En 2017, les entreprises américaines soucieuses de l’environnement s’étaient ralliées à l’accord, défiant ainsi la politique de l’administration Trump.

Europe face à la coercition américaine : quelles options ?

La question de la résistance européenne à la pression américaine était au cœur des discussions à Davos. Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, a souligné que l’ordre libéral mondial était en “rupture”, appelant les puissances moyennes à adopter une approche plus pragmatique.

“Il faut choisir ses partenaires”, a déclaré Carney, suggérant de privilégier les accords avec des pays partageant des valeurs communes, tout en étant ouvert à des collaborations plus larges, même avec des régimes aux valeurs divergentes, sur des questions spécifiques. Cette approche pragmatique se traduit par une volonté de nouer des partenariats avec la Chine, comme le récent accord conclu par Carney avec Pékin.

L’Union européenne a développé un “instrument anti-coercition” visant à contrer les pressions économiques extérieures. Cet instrument permet d’imposer des tarifs douaniers ciblés et des sanctions contre les entreprises américaines opérant en Europe. Bien que l’utilisation de cet instrument contre les États-Unis soit considérée comme une option extrême, elle a été évoquée lors d’une réunion d’urgence des ministres européens, suite aux déclarations de Trump sur le Groenland.

“Le problème avec Trump, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’il faut prendre au sérieux”, note Tooze. “Il n’a pas réellement imposé de tarifs douaniers ni envoyé de troupes, mais il a menacé de le faire de manière irresponsable.”

Les entreprises restent-elles silencieuses ?

Si les dirigeants politiques ont ouvertement exprimé leurs préoccupations, le silence des entreprises américaines présentes à Davos a été frappant. Selon Tooze, aucun dirigeant d’entreprise n’a publiquement pris ses distances avec la politique agressive de Trump concernant le Groenland.

“C’est une expérience ambiguë”, explique Tooze. “Il y a une puissance de rassemblement indéniable, mais c’est comme pousser sur une corde. Au niveau des discussions informelles, cela a compté, mais publiquement, il n’y a pas eu de prise de position claire.”

L’avenir de Davos en question

L’incident de Davos soulève des questions sur l’avenir du Forum économique mondial et son rôle dans un monde en mutation. Certains observateurs estiment que la réunion a perdu de sa pertinence, tandis que d’autres soulignent son importance accrue en tant que plateforme de dialogue dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.

La possibilité de confier la direction du Forum à Christine Lagarde, actuelle directrice de la Banque centrale européenne, est envisagée. Lagarde pourrait apporter une nouvelle perspective et rétablir la crédibilité de l’organisation, en mettant fin à la dépendance excessive à l’égard du capital américain.

L’épisode de Davos illustre une réalité nouvelle : l’ordre libéral mondial est remis en question, et l’Europe doit trouver sa propre voie pour naviguer dans un paysage international de plus en plus complexe. La capacité de l’UE à résister à la coercition américaine et à défendre ses intérêts sera déterminante pour l’avenir des relations transatlantiques et de la stabilité mondiale.

Lien vers le podcast Ones and Tooze
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