Purge au sommet de l’armée chinoise : Xi Jinping renforce son contrôle à l’approche de 2027
Pékin – Le président chinois Xi Jinping a consolidé son emprise sur l’Armée populaire de libération (APL) avec la récente destitution de Zhang Youxia, un général de longue date considéré comme son bras droit. Cette purge, qui s’inscrit dans une campagne de plusieurs années visant à éradiquer la corruption et à assurer la loyauté au sein de l’armée, intervient à un moment crucial alors que la Chine se prépare à atteindre ses objectifs militaires ambitieux, notamment en ce qui concerne Taïwan.
L’annonce, faite le 24 janvier, a suscité des interrogations sur les raisons profondes de la chute de Zhang. Si les autorités chinoises évoquent des accusations de corruption et de manque de loyauté, certains analystes suggèrent que des désaccords stratégiques pourraient être à l’origine de la rupture.
“Il est peu probable que ces allégations de corruption soient prises à leur valeur nominale”, explique Adam Tooze, chroniqueur économique pour Foreign Policy, dans un récent podcast Ones and Tooze. “Il faut comprendre la sociologie organisationnelle en jeu. Xi Jinping semble utiliser ces purges pour imposer sa vision de la modernisation militaire.”
Selon Tooze, la purge de Zhang, ainsi que celle d’autres hauts responsables militaires comme He Weidong et Liu Zhenli, révèle une divergence de vues sur la manière de préparer l’APL à une éventuelle confrontation concernant Taïwan, objectif que la Chine s’est fixé pour 2027.
“Xi Jinping privilégie une expansion rapide et massive de l’APL, axée sur l’intimidation”, explique Tooze. “Les militaires professionnels, eux, semblaient préférer une modernisation plus technique et ciblée, visant à améliorer la puissance de combat réelle plutôt que la simple démonstration de force.”
Une modernisation militaire ambitieuse
Depuis le début des années 2010, la Chine a massivement investi dans la modernisation de son armée. Les estimations des dépenses militaires chinoises varient, mais se situent autour de 400 milliards de dollars par an, ce qui en fait le deuxième budget militaire au monde après les États-Unis.
Cette modernisation se traduit par des avancées significatives dans plusieurs domaines :
- Forces aériennes et navales: La Chine a développé des chasseurs de pointe, des porte-avions et des navires de guerre modernes, réduisant l’écart technologique avec les États-Unis.
- Forces nucléaires: La Chine développe rapidement son arsenal nucléaire, ce qui pourrait conduire à une tripolarisation de la dissuasion nucléaire mondiale.
- Réduction des effectifs: L’APL se concentre sur la réduction de ses effectifs d’infanterie au profit d’une armée plus petite, plus mobile et plus technologiquement avancée.
- Doctrine interarmées: En 2020, l’APL a adopté une nouvelle doctrine interarmées, encourageant la coopération et la coordination entre les différentes branches de l’armée.
“La Chine livre des résultats en termes de matériel”, souligne Tooze. “Ils construisent une armée du 21e siècle, et ils le font de manière systématique et ambitieuse.”
L’expérience du combat : un point faible ?
Malgré ces progrès, l’APL n’a pas participé à un conflit majeur depuis des décennies. Cette absence d’expérience du combat soulève des questions quant à sa capacité à mener une guerre réelle.
“Tout le monde s’accorde à dire que l’on ne peut apprendre à se battre qu’en combattant”, explique Tooze. “La guerre est une expérience unique, et il est impossible de se préparer pleinement à ses réalités.”
L’APL semble tirer des leçons de la guerre en Ukraine, analysant attentivement les tactiques et les technologies utilisées par les deux camps. Des rapports suggèrent que la Chine pourrait fournir des drones à la Russie, ce qui lui permettrait de tester ses propres technologies sur le champ de bataille.
Xi Jinping : un stratège visionnaire ?
Xi Jinping semble considérer l’armée comme un instrument essentiel de sa stratégie visant à faire de la Chine une grande puissance mondiale. Il a clairement exprimé son ambition de moderniser l’APL et de la transformer en une force capable de protéger les intérêts chinois à l’échelle mondiale.
“Xi Jinping a une vision holistique de la puissance d’État”, explique Tooze. “Il considère l’armée comme un élément indispensable de cette puissance, et il est déterminé à la moderniser et à la renforcer.”
La purge récente au sommet de l’APL témoigne de la détermination de Xi Jinping à consolider son contrôle sur l’armée et à s’assurer qu’elle est prête à relever les défis futurs. L’avenir de la sécurité régionale et mondiale pourrait bien dépendre de la manière dont la Chine utilisera sa puissance militaire croissante.
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