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Telangana : risque de démence trois fois plus élevé en zones rurales

by Camille Laurent - Santé
Pourquoi les zones rurales sont-elles plus touchées

Une étude publiée ce mois-ci dans The Lancet révèle que les risques de démence en Telangana sont bien plus élevés dans les zones rurales que dans les villes, avec une prévalence trois fois supérieure. Selon les chercheurs de l’ICMR et du National Institute of Nutrition (NIN) de Hyderabad, cette différence s’explique principalement par des carences nutritionnelles sévères, notamment en vitamines B2, B6, B9 et D, affectant 64 % des participants ruraux.

Pourquoi les zones rurales sont-elles plus touchées ?

Les résultats, issus d’une enquête menée entre 2023 et 2024 auprès de 556 personnes âgées de 40 à 80 ans, montrent que 60 % des habitants ruraux présentent un risque élevé de démence, contre seulement 27 % en milieu urbain. Les chercheurs du NIN soulignent que cette disparité s’explique par des habitudes alimentaires moins diversifiées dans les campagnes : répétition des mêmes repas, faible consommation de légumes et de fruits riches en nutriments essentiels. “Les carences en vitamines B et D sont particulièrement critiques, car elles affectent directement la santé cognitive”, explique l’étude, publiée dans une édition récente de The Lancet.

Pourquoi les zones rurales sont-elles plus touchées ?
Photo: firefliesai.ai

Un détail frappant : 55 % des femmes rurales sont concernées par ce risque, contre 45 % des hommes. Les chercheurs attribuent cette différence à des facteurs socio-économiques, comme un accès plus limité aux soins préventifs ou à une alimentation équilibrée. “Les femmes rurales ont souvent moins de temps pour se nourrir correctement en raison des charges domestiques et agricoles”, précise le rapport.

Les carences en vitamines B et D sont particulièrement critiques, car elles affectent directement la santé cognitive.

Quelles vitamines manquent le plus ?

L’analyse des échantillons sanguins a révélé des déficiences alarmantes :

  • 64 % des participants présentaient une carence en vitamine B2 (riboflavine), essentielle pour le métabolisme énergétique du cerveau.
  • 42 % souffraient d’un manque de vitamine D, liée à la régulation de l’humeur et des fonctions cognitives.
  • Les vitamines B6 et B9 (folate) étaient également sous-représentées, aggravant les risques de déclin cognitif.
Ces carences, souvent liées à une alimentation pauvre en protéines animales et en produits frais, sont aggravées par le manque d’accès aux centres de santé dans les zones reculées.

Quelles vitamines manquent le plus ?
Photo: krisp.ai

Comment expliquer ce retard diagnostic ?

Contrairement aux idées reçues, les chercheurs du NIN ont observé que les habitants urbains, bien que moins exposés aux carences, ne sont pas à l’abri des risques. Cependant, leur mode de vie sédentaire et leur exposition accrue à la pollution atmosphérique pourraient aussi jouer un rôle. “Les villes concentrent des facteurs de risque différents, comme le stress chronique ou les maladies cardiovasculaires, qui indirectement affectent la cognition”, note l’étude.

Une autre explication réside dans les différences d’accès aux soins : les campagnes manquent souvent de neurologues et de centres spécialisés, retardant le diagnostic. À l’inverse, les hôpitaux urbains, comme ceux de Hyderabad, disposent de protocoles avancés pour détecter précocement les signes de démence.

Que faire pour inverser la tendance ?

Les auteurs de l’étude proposent des mesures concrètes, déjà testées avec succès dans d’autres régions d’Inde :

  • Campagnes de supplémentation : distribution gratuite de vitamines B et D dans les écoles et centres de santé ruraux.
  • Éducation nutritionnelle : ateliers pour apprendre à diversifier les repas avec des légumes locaux et des céréales enrichies.
  • Dépistage mobile : équipes médicales se déplaçant dans les villages pour des bilans cognitifs simples.
Le gouvernement de Telangana a déjà lancé un programme pilote dans trois districts, avec des premiers résultats encourageants après six mois.

Que faire pour inverser la tendance ?
Photo: musely.ai

Pour les habitants urbains, les chercheurs recommandent une surveillance accrue des facteurs de risque modifiables, comme l’obésité ou le diabète, qui augmentent aussi les risques de démence. “Une alimentation riche en oméga-3, en antioxydants et en fibres peut compenser partiellement les carences”, souligne le rapport.

Et après ? Les prochaines étapes

L’étude du NIN ouvre la voie à une recherche plus large sur les liens entre malnutrition et déclin cognitif en Asie du Sud. Les prochaines phases devraient inclure :

  • Une étude longitudinale sur 5 ans pour mesurer l’impact des suppléments vitaminés.
  • Une collaboration avec des ONG pour évaluer l’efficacité des programmes de sensibilisation.
  • Une cartographie des zones à risque pour cibler les interventions.
“Nous avons maintenant des preuves solides pour agir”, déclare un porte-parole de l’ICMR. “L’enjeu n’est pas seulement médical, mais aussi économique : la démence coûte cher aux familles et aux systèmes de santé.”

Et après ? Les prochaines étapes
Photo: jotform.com

Pour les lecteurs concernés, les chercheurs rappellent que consulter un médecin généraliste dès les premiers signes de troubles de mémoire est crucial. Une prise en charge précoce peut ralentir la progression de la maladie, même en l’absence de traitement curatif.

Les données de cette étude, disponibles dans The Lancet, sont accessibles ici. Pour approfondir les mécanismes biologiques des carences en vitamines et leur impact sur le cerveau, une méta-analyse récente de l’OMS, publiée en 2024, est également consultable.

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