« Cold War Choir Practice » : Une comédie musicale grinçante sur la peur nucléaire et les fractures familiales
NEW YORK (AP) — La pièce de Ro Reddick, « Cold War Choir Practice », actuellement présentée au MCC Theater à New York, est une œuvre à la fois drôle et troublante qui explore les angoisses de l’ère Reagan à travers le prisme d’une famille dysfonctionnelle et d’une chorale aux intentions ambiguës. Après un premier succès au Summerworks 2025, la pièce, saluée par la critique et lauréate du Susan Smith Blackburn Prize 2026, offre une réflexion pertinente sur les tensions politiques et sociales d’une époque, et leurs échos dans le présent.
L’histoire se déroule à Syracuse, New York, en 1987, et suit Meek, une fillette de 10 ans interprétée avec une intelligence remarquable par Alana Raquel Bowers, qui vit avec son père, Smooch (Will Cobbs), ancien membre des Black Panthers devenu propriétaire d’une patinoire, et sa grand-mère, Puddin (Lizan Mitchell). Meek, tiraillée entre son désir de faire quelque chose de significatif et le climat de peur nucléaire ambiant, se retrouve impliquée dans les machinations d’une chorale locale, les Seedlings of Peace, dirigée par une figure excentrique (Ellen Winter).
La chorale, composée de Grace McLean, Nina Ross (connue sous le nom de Softee dans sa propre musique pop) et Suzzy Roche, est à la fois un élément central de l’intrigue et un chœur commentant l’action. Leur musique, écrite par Reddick, est à la fois sinueuse et sinistre, ajoutant une dimension surréaliste à la pièce.
L’arrivée du frère aîné de Smooch, Clay (Andy Lucien), un politicien républicain ambitieux, et de sa femme, Virgie (Crystal Finn), vient compliquer davantage les choses. Les tensions familiales, exacerbées par les divergences idéologiques et les secrets enfouis, se mêlent à un complot d’espionnage impliquant des agents soviétiques et un culte de bien-être louche.
La mise en scène de Knud Adams, avec un décor rouge dominant conçu par Afsoon Pajoufar, crée une atmosphère à la fois stylisée et oppressante. La pièce jongle habilement entre le réalisme et l’absurde, oscillant entre des scènes de vie quotidienne et des séquences oniriques.
« Cold War Choir Practice » ne se contente pas de divertir ; elle soulève des questions importantes sur la peur, la propagande et l’impact des conflits politiques sur les individus et les communautés. La pièce met en lumière les voix souvent marginalisées, en particulier celles des enfants et des minorités, et explore les complexités de l’identité et de l’appartenance.
Smooch, dans un monologue poignant, souligne le manque de représentation des enfants noirs dans le discours dominant sur la paix et la guerre. Cette critique sociale, subtile mais percutante, confère à la pièce une profondeur supplémentaire.
Malgré ses moments de légèreté et d’humour, « Cold War Choir Practice » laisse une impression durable. Elle nous rappelle que les enjeux de la guerre froide, bien que lointains, continuent de résonner dans le monde actuel, et que la recherche de la paix et de la justice est un combat permanent.
« Cold War Choir Practice » est présentée au MCC Theater jusqu’au 29 mars.
