Estée Lauder poursuit Walmart pour vente de produits de beauté contrefaits sur sa plateforme en ligne
New York, États-Unis – Estée Lauder Companies a intenté une action en justice contre Walmart devant un tribunal fédéral californien, accusant le géant de la distribution de produits de beauté contrefaits vendus via sa plateforme en ligne, Walmart.com. La plainte, déposée lundi, allègue que Walmart n’a pas suffisamment agi pour garantir l’authenticité des produits proposés aux consommateurs, portant atteinte à la réputation et aux marques de prestige du groupe Estée Lauder.
L’affaire intervient après une enquête de CNBC révélant la prolifération de faux produits de beauté et de fraudes sur Walmart.com. L’enquête, publiée en septembre 2025, avait déjà mis en lumière des contrefaçons de sérums Advanced Night Repair d’Estée Lauder et de crèmes Clinique, des produits également cités dans la plainte.
Selon Estée Lauder, des achats, inspections et tests ont confirmé que des produits portant les marques Le Labo, La Mer, Clinique, Aveda, Tom Ford et Estée Lauder étaient en réalité des contrefaçons. La société accuse Walmart d’avoir activement promu ces produits, d’avoir utilisé ses marques dans des outils d’optimisation pour les moteurs de recherche et d’avoir profité des ventes illégales.
“Un acheteur sur Walmart.com aurait raisonnablement cru que Walmart, et non des vendeurs tiers, était le vendeur de l’article”, stipule la plainte, soulignant une potentielle confusion pour les consommateurs.
La stratégie de Walmart de développer son marché en ligne, afin de rivaliser avec Amazon et d’atteindre une capitalisation boursière de plus de 1 000 milliards de dollars (atteinte en février 2026), est désormais remise en question. Si cette expansion a permis à Walmart de gagner du terrain, elle s’accompagne de risques accrus liés à la vérification des vendeurs tiers et à la lutte contre la contrefaçon.
La réponse initiale de Walmart à CNBC, affirmant qu’elle exigeait que tous les vendeurs proposent des produits authentiques et ne tolère pas les “mauvais acteurs”, a été rapidement modifiée. Une déclaration plus concise, diffusée deux heures plus tard, se limitait à affirmer que Walmart avait “zéro tolérance pour les produits contrefaits” et qu’elle répondrait “de manière appropriée” devant les tribunaux.
Cette affaire relance le débat sur la responsabilité des plateformes en ligne dans la lutte contre la contrefaçon. Une décision de justice de 2010, dans l’affaire Tiffany contre eBay, a rendu difficile pour les marques de tenir les plateformes responsables des produits contrefaits vendus par des tiers.
Le “Shop Safe Act”, un projet de loi bipartite visant à renforcer la lutte contre la contrefaçon en ligne, a été proposé à plusieurs reprises au Congrès américain, mais n’a jamais été adopté. Des sources au Sénat américain révèlent que Walmart et d’autres grandes plateformes comme Amazon, Etsy et eBay ont fait pression contre certaines dispositions du projet de loi.
L’enjeu est de taille. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le commerce illicite de produits contrefaits représente jusqu’à 3,3 % du commerce mondial, soit une valeur estimée à 509 milliards de dollars en 2022. La contrefaçon ne se limite pas à une perte financière pour les marques, elle peut également présenter des risques pour la santé et la sécurité des consommateurs.
Estée Lauder n’a pas répondu aux demandes de commentaires. L’issue de cette affaire pourrait avoir des implications significatives pour l’avenir du commerce en ligne et la protection des marques contre la contrefaçon.
