Retour au confinement : la peur s’installe dans les communautés immigrées américaines
LOS ANGELES – Des familles entières cloîtrées chez elles, craignant de sortir. Des enfants suivant leurs cours sur des tablettes. Des femmes enceintes renonçant à des rendez-vous médicaux et envisageant l’accouchement à domicile. Un sentiment généralisé de confusion et de terreur – l’impression que « rien n’est sûr ». Ces descriptions pourraient évoquer le début de la pandémie de COVID-19, mais elles reflètent la réalité actuelle vécue par de nombreuses communautés immigrées aux États-Unis, confrontées à une intensification des opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).
Ces derniers mois, des villes à travers le pays ont vu une recrudescence des raids de l’ICE, rappelant les mesures de confinement de 2020. À Los Angeles, des travailleurs de stations de lavage auto se sont retranchés chez eux, chassés de leur emploi par des vagues successives de descentes d’immigration. « Les membres de leurs familles leur demandent simplement de rester à la maison », explique Flor Melendrez, directrice exécutive du CLEAN Carwash Worker Center, une organisation à but non lucratif de défense des droits des travailleurs. « Il n’est pas sûr dehors. »
Le climat de peur s’étend aux écoles. À Minneapolis, le Dr Bryan Fate, pédiatre au Children’s Minnesota, constate un « calme étrange » dans sa salle d’attente, les familles évitant les consultations médicales par crainte d’être interpellées par l’ICE. Lorsqu’ils viennent, les enfants sont plus malades. « Nous voyons des infections s’aggraver à la maison », déplore le Dr Fate. Les parents sont confrontés à un choix déchirant : la santé de leur enfant ou la sécurité de leur famille.
Des situations tragiques se multiplient. Liam Ramos, un garçon de cinq ans du Minnesota, a été arrêté avec son père alors qu’ils rentraient de l’école en janvier dernier, passant près de deux semaines en détention en Texas. Des districts scolaires de Minnesota, Los Angeles et Charlotte, en Caroline du Nord, ont réintroduit l’apprentissage à distance, comme pendant la pandémie, pour répondre aux inquiétudes des familles.
« On ne peut s’empêcher de comparer cela à la pandémie », souligne Valora Unowsky, responsable académique du district scolaire de St. Paul, Minnesota. « Mais pendant la pandémie, tout le monde était dans la même situation. » Aujourd’hui, ce sont les élèves les plus vulnérables – ceux issus de familles à faible revenu ou apprenant l’anglais comme seconde langue – qui sont les plus susceptibles de suivre leurs cours sur une tablette plutôt qu’en classe.
L’impact sur la santé est également préoccupant. Des médecins signalent que des patientes enceintes renoncent à des visites prénatales essentielles, et que d’autres envisagent l’accouchement à domicile, même si leur état de santé ne le permet pas. Les hôpitaux et les cliniques proposent des consultations virtuelles, mais elles ne peuvent pas remplacer les examens physiques et les soins directs.
Ce retour à la peur et à l’isolement rappelle les conséquences de la pandémie de COVID-19, notamment les pertes d’apprentissage et la souffrance psychologique. Le Dr Fate constate déjà une augmentation des symptômes d’anxiété chez ses jeunes patients.
Cependant, la résilience des communautés se manifeste également. Des organisations comme Nourishing Hope à Chicago, qui avait transformé le stade de Wrigley Field en centre de distribution alimentaire pendant la pandémie, ont étendu leurs services pour aider les familles touchées par les opérations de l’ICE. Des districts scolaires mettent en place des programmes de soutien et de livraison de repas.
Malgré une annonce récente d’un retrait partiel des forces de l’ICE dans le Minnesota, l’inquiétude persiste. Les communautés immigrées restent en état d’alerte, se demandant qui sera la prochaine cible. C’est un écho du passé, lorsque les Américains vérifiaient anxieusement les taux d’infection et attendaient la prochaine vague de la pandémie.
« Nous retournons à la même chose : vivre dans la peur », conclut Flor Melendrez.
