Le marché polonais des fraises traverse une crise sans précédent cette semaine, avec un effondrement des prix et une bataille acharnée entre producteurs locaux et importateurs. Alors que les prix ont chuté de près de 50 % en quelques jours, passant de 15 à 17 zł/kg à 5 à 7 zł/kg, les experts évoquent un phénomène de “vidange” avant le pont de l’Ascension, tandis que les producteurs locaux, soutenus par une récolte record de fraises polonaises, écrasent la concurrence étrangère. Selon les données du marché de gros de Bronisze, près de Varsovie, la production nationale a atteint 150 à 151 tonnes en 2025, contre 180 tonnes en 2023, reflétant une tendance à la baisse des surfaces cultivées.
Un effondrement des prix dicté par la logique du marché et des fêtes
Le plongeon des prix s’explique par une combinaison de facteurs conjoncturels et structurels. D’une part, les producteurs locaux, confrontés à une récolte abondante de fraises de plein champ, ont vu leurs stocks exploser dès le début du mois de juin. “Nous sommes au cœur de la saison, et les Polonais se sont rués sur ces fruits”, explique Maciej Kmera, expert du marché de gros de Bronisze, cité par WP Finanse. Les prix ont ainsi chuté à des niveaux inédits, avec des offres allant de 5 à 7 zł/kg, un niveau qui reflète une véritable “vente forcée” avant le pont de l’Ascension, où les commerçants cherchent à écouler leurs stocks périssables avant que les fruits ne se détériorent.

Cette dynamique s’est accélérée avec l’arrivée des premières fraises de plein champ, qui complètent l’offre déjà abondante des serres et des tunnels. “Les fraises polonaises sont arrivées sur le marché dès le début avril, avec d’abord les serres, puis les tunnels, et maintenant les fraises de plein champ”, précise Kmera. Résultat : une surabondance qui a poussé les importateurs grecs et serbes à baisser leurs prix à 9-10 zł/kg pour rester compétitifs, avant de commencer à se retirer progressivement du marché. Selon les données de Farmer.pl, cette stratégie a échoué : les producteurs locaux dominent désormais le marché, rendant l’importation peu rentable.
“Bieżący tydzień na rynku hurtowym przyniósł dynamiczne zmiany, podyktowane przede wszystkim rozpoczęciem pełni sezonu zbiorów kluczowych owoców krajowych oraz stabilizacją w segmencie warzyw.”
L’import en pleine crise : la Grèce et la Serbie reculent
La domination des fraises polonaises a des conséquences directes sur les importateurs. Les fraises grecques et serbes, autrefois incontournables sur le marché polonais, voient leurs parts de marché s’éroder. Selon les données de WP Finanse et Farmer.pl, les prix pratiqués par ces pays ont chuté à 9-10 zł/kg, mais cette mesure n’a pas suffi à inverser la tendance. “L’abondance des fraises polonaises a rendu l’import non rentable”, résume Kmera. Les producteurs étrangers, confrontés à une concurrence locale agressive et à des coûts logistiques élevés, commencent à se retirer du marché.

Cette situation reflète une tendance plus large : depuis le début de l’année, les importations de fraises surgelées en provenance d’Égypte ont augmenté, réduisant la demande pour les fraises fraîches importées. “Le marché des fraises polonaises est en pleine mutation”, souligne Witold Boguta, président du Krajowy Związek Grup Producentów Owoców i Warzyw (KZGPOiW), cité par WP Finanse. “La superficie dédiée à la culture des fraises en Pologne diminue, et de moins en moins de fruits sont destinés à la transformation industrielle, car l’importation de fraises surgelées d’Égypte devient plus attractive.”
| Année | Production (tonnes) | Évolution |
| 2023 | 180 000 | Stable |
| 2024 | 159 000 | -11,7 % |
| 2025 | 150 000 – 151 000 | -5,7 % (vs 2024) |
Cette baisse de production s’accompagne d’une spécialisation croissante : les producteurs polonais se tournent de plus en plus vers des variétés adaptées à la transformation (fraises sans queue, destinées à la surgelation), tandis que les fraises fraîches, plus sensibles, voient leurs surfaces cultivées se réduire. Les prix de collecte pour les fraises destinées à la transformation restent stables par rapport à 2025, avec 3,50 zł/kg pour les fraises avec queue et 5,50 zł/kg pour les fraises sans queue, selon les premières données de la saison 2026 publiées par Kobieta w Sadzie. Les producteurs espèrent une hausse des prix avec l’avancée de la saison, mais cette stabilité précoce pourrait indiquer une saturation du marché.
Comment distinguer les fraises polonaises des importées ? Un détail clé
Pour les consommateurs, cette abondance de fraises s’accompagne d’un défi : comment distinguer les fraises polonaises, souvent plus fraîches et aromatiques, des importations, parfois moins savoureuses ? Selon Interia.pl, un indice infaillible réside dans l’observation des feuilles (ou “couronnes”) des fraises. Les fraises polonaises, récoltées à maturité, présentent une couleur uniforme jusqu’à la base, sans trace de décoloration blanche ou grise. À l’inverse, les fraises importées, souvent cueillies trop tôt et achevées pendant le transport, affichent une zone blanchâtre ou terne près de la tige.
“Wyraźna, biała lub blada obwódka w tym miejscu to niemal pewny znak, że mamy do czynienia z towarem z importu, który musiał zostać zerwany przedwcześnie.”
— Traduction : “Une bordure blanche ou pâle à la base est un signe quasi certain que les fraises ont été importées et cueillies prématurément.”
Un autre critère, tout aussi révélateur, est l’arôme. Les fraises polonaises, récoltées localement, dégagent un parfum intense et naturel, tandis que les fraises importées, souvent traitées pour masquer les défauts de conservation, ont une odeur plus faible ou artificielle. Ces différences s’expliquent par des chaînes logistiques plus courtes pour les producteurs locaux, limitant les pertes de qualité.
Que réserve l’avenir ? Entre incertitudes et opportunités
Si la situation actuelle profite aux consommateurs, avec des prix historiquement bas, elle pose des défis pour les producteurs. La surproduction de fraises fraîches pourrait entraîner une baisse des revenus, tandis que la dépendance croissante aux importations de fraises surgelées d’Égypte limite les perspectives de croissance pour la filière locale. Selon Boguta, “la réduction des surfaces cultivées et le déclin de la transformation industrielle sont des signes inquiétants pour l’avenir du secteur”.
Cependant, cette crise pourrait aussi représenter une opportunité pour les producteurs polonais qui parviendront à s’adapter. Une meilleure coordination entre les acteurs du marché, une optimisation des méthodes de stockage et une diversification des débouchés (export, transformation) pourraient permettre de stabiliser les prix et de limiter les excès de production. Les prochaines semaines seront cruciales : la météo, avec ses aléas de pluie ou de canicule, jouera un rôle déterminant dans la qualité et la quantité des récoltes. “Les fraises aiment le soleil et la chaleur, qui accélèrent leur maturation et limitent leur détérioration”, rappelle Kmera. Une semaine de mauvais temps pourrait ainsi aggraver la situation en ralentissant les récoltes et en augmentant les risques de pourriture.
À plus long terme, cette crise pourrait aussi inciter les consommateurs à privilégier les fraises polonaises, perçues comme plus fraîches et de meilleure qualité. Si les prix restent bas, la demande pourrait se maintenir, offrant une bouffée d’oxygène aux producteurs locaux. Reste à savoir si cette dynamique se poursuivra au-delà de l’Ascension, lorsque la demande reprendra son cours normal. Une chose est sûre : le marché des fraises en Pologne ne sera plus jamais le même.
Pour les détaillants et les grossistes, la situation impose une vigilance accrue. Les stocks doivent être écoulés rapidement, et les commandes ajustées en fonction des prévisions météo. Les premiers signes d’une reprise des prix pourraient apparaître dès la semaine prochaine, une fois le pont de l’Ascension passé, mais rien n’est garanti. Comme le souligne Business Insider Polska, “les prix pourraient encore évoluer rapidement, selon la demande et les conditions climatiques”. Une chose est sûre : les fraises polonaises ont pris le dessus sur les importations, et cette tendance devrait se confirmer dans les semaines à venir.
