Afrique CDC appelle à une souveraineté financière pour réduire la mortalité maternelle et infantile
Les dirigeants africains du secteur de la santé ont lancé un appel urgent en faveur d’un renforcement du financement national, d’une meilleure gouvernance et d’une responsabilité accrue pour améliorer la santé maternelle et infantile. Face à la diminution de l’aide extérieure, à la montée de la dette et aux chocs climatiques, les autorités soulignent que la dépendance aux produits médicaux importés et aux financements étrangers fragilise les systèmes de santé du continent.
Lors d’un atelier régional de trois jours organisé à Nairobi par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), les experts ont insisté sur la nécessité de passer des engagements politiques à une mise en œuvre concrète. Lul Pout Riek, conseiller spécial pour la région Afrique de l’Est à l’Africa CDC, a rappelé que la sécurité sanitaire de l’Afrique se mesure à la survie des femmes, des nouveau-nés et des enfants. « Chaque décès évitable reflète une lacune dans la gouvernance, le financement, l’équité, l’accès et la responsabilité », a-t-il déclaré.
L’impératif de la transition vers le financement national
La situation actuelle, marquée par une baisse de l’assistance internationale, contraint les pays africains à repenser leur modèle économique. Le Dr Diana Nambatya Nsubuga, cheffe de la division de la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente à l’Africa CDC, a plaidé pour une transformation structurelle. Selon elle, il est crucial de passer « de la dépendance à l’appropriation, de la vulnérabilité à la résilience, et des engagements aux résultats mesurables ».
L’Africa CDC encourage désormais les États membres à financer au moins 50 % de leurs dépenses de santé par le biais des budgets nationaux. Cette stratégie repose sur plusieurs piliers :
* Le renforcement des systèmes de soins de santé primaires.
* L’investissement dans les systèmes de santé numériques.
* Le développement de la fabrication locale de vaccins, de diagnostics et de produits thérapeutiques.

Combler l’écart entre les politiques et la pratique
Malgré des progrès dans l’accès aux soins prénatals et la présence de personnel qualifié lors des accouchements, la mortalité maternelle reste élevée. En 2023, près de 180 000 mères sont décédées sur le continent. L’hémorragie du post-partum demeure la principale cause de mortalité maternelle en Afrique subsaharienne, représentant près d’un tiers de ces décès.
Des experts, dont ceux du FNUAP, de la SADC et de l’Union européenne, soulignent que ces tragédies sont souvent le résultat de défaillances systémiques. Une sage-femme peut être formée, mais se retrouver incapable d’agir si le médicament vital (comme l’ocytocine) est inutilisable faute de chaîne du froid, ou si les réglementations nationales lui interdisent d’administrer des traitements essentiels comme l’acide tranexamique. « La transformation que nous recherchons exige de connecter les décisions politiques et réglementaires, les chaînes d’approvisionnement, les directives cliniques et la formation du personnel de santé », indiquent les experts.
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L’agenda des « trois zéros »
Représentant le président tanzanien Samia Suluhu Hassan, champion de l’Union africaine pour la santé maternelle et infantile, Ummy Mwalimu a réaffirmé l’engagement du continent autour de l’agenda des « trois zéros » : zéro accouchement à domicile, zéro décès maternel et néonatal évitable, et zéro enfant non vacciné.
Mme Mwalimu a insisté sur le fait que le succès ne sera pas évalué par la qualité des rapports, mais par des indicateurs tangibles. « Nous savons ce qui fonctionne en Afrique. Ce que nous devons faire, c’est le mettre en œuvre à plus grande échelle, le financer et assurer la responsabilité des résultats », a-t-elle déclaré.
Vers un état des lieux continental
L’atelier de Nairobi s’appuie sur une évaluation rapide menée à l’échelle du continent, examinant les politiques, le financement et la gouvernance. À ce jour, 50 des 55 États membres de l’Union africaine ont soumis leurs réponses, atteignant un taux de participation de 91 %. Les résultats de cette étude serviront à guider les futurs investissements et les politiques de santé publique.
Pour les autorités sanitaires présentes, l’objectif est clair : garantir que la survie d’une mère ou d’un enfant ne dépende plus de sa situation géographique ou de la disponibilité aléatoire de médicaments en stock. « Le futur que nous voulons est celui où une femme peut survivre à l’accouchement, récupérer avec dignité et s’épanouir », concluent les partenaires du secteur.
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