Singapour : Un boom de la construction propulsé par la technologie face à des défis croissants
Singapour – Le paysage urbain de Singapour est en pleine transformation. Des projets pharaoniques, estimés à des dizaines de milliards de dollars, redéfinissent le visage de la cité-État, propulsant son secteur de la construction dans une période d’activité sans précédent. Ce boom, qui s’est accéléré après la pandémie de COVID-19, est toutefois confronté à des défis majeurs : coûts en hausse, pénurie de main-d’œuvre qualifiée et nécessité d’une adaptation technologique rapide.
Le projet le plus emblématique de cette transformation est sans doute le complexe de Las Vegas Sands, un investissement de 8 milliards de dollars qui comprendra un hôtel de 570 suites et une arène de 15 000 places. Sa construction, lancée en 2025, s’ajoute à d’autres initiatives d’envergure, comme l’extension du terminal 5 de l’aéroport de Changi, et la construction du nouvel hôpital général et communautaire de Tengah, qui ajoutera 4 000 lits d’ici 2030.
Selon les projections de l’Autorité de la Construction de Singapour (BCA), la demande de construction devrait atteindre 53 milliards de dollars singapouriens (environ 42 milliards de dollars américains) cette année, soit une augmentation de 15% par rapport aux estimations précédentes. “Après la pandémie de COVID-19, le secteur de la construction a connu une forte reprise, et nous n’avons pas regardé en arrière depuis”, explique Alex Saez, associé et directeur pour l’APAC chez Cundall, un cabinet d’ingénierie.
Des coûts en hausse et une main-d’œuvre rare
Cette dynamique positive est cependant freinée par des facteurs externes et internes. Singapour est régulièrement classée parmi les pays où les coûts de construction sont les plus élevés au monde. Turner & Townsend estime que ces coûts pourraient augmenter de 5% cette année, en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement, notamment pour le ciment et le béton prêt à l’emploi, ainsi que des délais de livraison prolongés pour les systèmes de plomberie, d’électricité et les semi-conducteurs.
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée, en particulier dans les professions PMET (professionnels, managers, cadres et techniciens), constitue un autre obstacle majeur. “Les lacunes en matière de compétences affectent toujours les délais et la qualité, en particulier pour les sous-traitants spécialisés sur les grands projets”, souligne Khoo Sze Boon, directeur général de Turner & Townsend pour Singapour. La BCA prévoit de lancer un programme de formation supplémentaire pour les chefs de projet afin de pallier ce manque.
La technologie comme solution
Face à ces défis, les entreprises du secteur de la construction singapourienne se tournent de plus en plus vers la technologie. On assiste à une véritable “renaissance numérique”, avec l’adoption de solutions innovantes telles que la préfabrication, la robotique, l’intelligence artificielle et les drones.
Soilbuild, un entrepreneur basé à Singapour, met l’accent sur les bâtiments industriels à haute valeur ajoutée et prévoit d’investir davantage dans des systèmes de gestion des risques d’entreprise pour améliorer son efficacité. D’autres entreprises, comme ISOTeam, utilisent déjà des drones et l’IA pour inspecter les façades des bâtiments et développent des drones capables de laver et de peindre les extérieurs, réduisant ainsi le besoin d’échafaudages et les risques liés au travail en hauteur.
L’investissement dans la technologie est soutenu par le gouvernement singapourien, qui a annoncé de nouvelles subventions pour les petites entreprises souhaitant investir dans des robots et des systèmes d’automatisation, avec un objectif d’économies de main-d’œuvre allant jusqu’à 50%. Des entreprises comme OpenSpace et PlanRadar, spécialisées dans la gestion de projets et le suivi des défauts, constatent une augmentation de leur activité dans la région.
L’avenir de la construction à Singapour
Les analystes de CGS International Securities prévoient une forte croissance des commandes de construction dans les années à venir, avec un pic des bénéfices des entrepreneurs prévu entre 2028 et 2029. Ils soulignent également une tendance à la “double casquette”, où les travailleurs sont formés pour assumer des responsabilités supplémentaires, permettant ainsi de réduire la taille de la main-d’œuvre.
Le plan directeur de Singapour pour les 10 à 15 prochaines années prévoit la construction de nouveaux parcs, de zones résidentielles et de lignes de métro. Cependant, compte tenu de la rareté des terres à Singapour, les décisions concernant les projets de construction sont de plus en plus complexes.
“Singapour ne se contente plus de construire, elle sculpte et verdit la ville”, affirme Wynn Cam, directeur du cabinet d’architecture Morrow. Charu Kokate, associée senior chez Safdie Architects, souligne l’importance accordée par le gouvernement à l’intégration des bâtiments dans leur environnement et à la mise en œuvre d’initiatives écologiques telles que la récupération des eaux de pluie.
Le coût de la vie à Singapour, en particulier en matière de logement, est élevé. La ville-État a été classée comme la plus chère du monde pour les personnes fortunées en 2023. Cependant, les projets de construction, en particulier les nouvelles infrastructures, sont généralement livrés dans les délais et dans les limites du budget, grâce à une planification rigoureuse et à une approche axée sur les besoins réels plutôt que sur des considérations politiques.
[Image d’un robot de construction Legend Robot en action : https://www.youtube.com/watch?v=YOUR_YOUTUBE_VIDEO_ID (remplacer par un lien réel)]
[Post Instagram d’un projet de construction à Singapour : https://www.instagram.com/p/YOUR_INSTAGRAM_POST_ID (remplacer par un lien réel)]
Singapour se positionne ainsi comme un laboratoire d’innovation pour le secteur de la construction, où la technologie et la durabilité sont au cœur des stratégies de développement urbain.
