Cisjordanie : une escalade de la violence colonne-militaire sème la terreur parmi les Palestiniens
ABOU FALAH, Cisjordanie (AP) – Une inquiétante tranquillité règne désormais sur les oliveraies où Farea Hamayel, 57 ans, a été tué par balle le 8 mars. Des pierres ont été disposées autour de l’endroit où son sang a coulé, comme pour préserver la mémoire de cette fin tragique. Une traînée rouge macule le sentier de terre, témoignant des efforts vains de ses voisins pour lui porter secours.
La nuit du 8 mars, plus d’une centaine de colons israéliens ont ouvert le feu sur les habitants de Khirbet Abu Falah, venus aider une famille dont la maison était attaquée. Farea Hamayel a été touché par une balle au-dessus de l’oreille. Son cousin, Thaer Hamayel, 24 ans, a été frappé entre les sourcils, selon un parent éloigné, Omar Hamayel.
Les soldats israéliens, arrivés sur les lieux, ont privilégié la protection des colons “armés jusqu’aux dents”, se souvient Hamayel. Mohammed Murra, 56 ans, un autre habitant du village, est décédé plus tard, asphyxié par les gaz lacrymogènes lancés par l’armée. L’ambulance qui le transportait vers l’hôpital n’a pu passer les barrages israéliens, érigés depuis le début de la guerre contre l’Iran, il y a deux semaines. Son cœur s’est arrêté, raconte son frère, Basel Murra, les yeux embués.
Ces décès s’inscrivent dans une escalade de la violence en Cisjordanie, où au moins huit Palestiniens ont été tués par des tirs de colons depuis le 28 février, date du début de la guerre contre l’Iran. En incluant Mohammed Murra, le nombre de victimes s’élève à neuf. Un chiffre alarmant, comparable au nombre de Palestiniens tués par des colons sur l’ensemble de l’année 2025, selon l’ONG israélienne B’Tselem.
Au cours des deux dernières semaines, les colons ont perpétré au moins 11 fusillades dans ce territoire occupé, blessant plus de 40 personnes, selon les données de l’Autorité nationale palestinienne.
B’Tselem dénonce une relation directe entre l’augmentation de la violence et l’attention internationale focalisée sur les bombardements en Iran. L’ONG affirme que, sous prétexte de la guerre, la coopération entre l’armée et les milices de colons israéliens “approfondit la purification ethnique en Cisjordanie”, dans le but de semer la peur, d’expulser les Palestiniens et de s’approprier leurs terres.
L’attaque d’Abu Falah, qui a fait trois morts, est la plus meurtrière de ces deux dernières semaines, mais elle n’est pas isolée.
Le vendredi dernier, des colons ont attaqué la communauté bédouine de Jumsa, dans la vallée du Jourdain, blessant quatre Palestiniens, agressant plus de 30 personnes et volant plus de 300 moutons et des effets personnels. Un homme a également été victime d’une agression sexuelle, selon le média indépendant israélien Mekomit.
Le samedi, Amir Odeh, 28 ans, a été tué par des tirs de colons alors qu’il tentait de protéger son troupeau à Qusra, dans le nord de la Cisjordanie. Les moutons, comme les oliviers souvent abattus ou brûlés par les colons, sont régulièrement volés, privant les Palestiniens de leurs moyens de subsistance et les forçant à abandonner leurs terres.
Le dimanche, un couple et leurs deux jeunes enfants, âgés de 5 et 7 ans (le plus jeune étant presque aveugle), ont été tués par des tirs de soldats israéliens à Tammun, également dans le nord de la Cisjordanie.
Les Palestiniens dénoncent depuis longtemps une collaboration entre les colons et les soldats, une ligne de démarcation souvent floue. Des colons sont parfois des soldats ou des réservistes en uniforme, même en dehors de leur service. D’autres sont des civils portant des uniformes militaires fournis par les autorités israéliennes, ainsi que des armes à feu, souvent des fusils automatiques. Les victimes d’agressions ne savent parfois pas si elles sont confrontées à un colon ou à un soldat.
Allegra Pacheco, responsable du Consortium de protection de Cisjordanie, souligne que ces décès ne sont pas accidentels, mais résultent d’une “agenda” qui ne pourrait réussir sans le soutien des autorités. Elle dénonce un “sentiment d’impunité” accru par la guerre en Iran.
“Plus de 90 % des plaintes pour violence déposées par les Palestiniens ne donnent pas lieu à des poursuites”, affirme Pacheco, citant des données de l’ONG israélienne Yesh Din. Un rapport de février de cette organisation révèle que seulement 3 % des plaintes déposées par les Palestiniens ont abouti à des condamnations totales ou partielles d’Israéliens. Même dans ces rares cas, les peines de prison sont rarement sévères.
Les Palestiniens sont “défenseless”, déplore Pacheco.
Des postes de surveillance illégaux sont en train d’être érigés, semant la terreur.
Mohamed, un habitant d’Abu Falah, décrit une progression alarmante : des colons ont brûlé une ferme, empêché la récolte des olives et terrorisé les éleveurs avant de tuer Farea et Thaer Hamayel. Le lendemain, ils se sont installés sur les collines voisines, érigeant des abris de fortune.
Ces abris sont considérés comme des avant-postes, les prémices de nouveaux établissements illégaux, souvent légalisés par Israël par la suite. En 2025, 31 avant-postes ont été légalisés, portant à 141 le nombre d’établissements israéliens et à 224 le nombre d’avant-postes en Cisjordanie, selon l’ONG Peace Now.
Tous les établissements sont illégaux au regard du droit international. Sur les trois millions d’habitants de Cisjordanie, un demi-million sont des colons.
Le quotidien Haaretz estime que ces décès s’inscrivent dans un plan du gouvernement Netanyahu visant à annexer la Cisjordanie et à expulser sa population palestinienne.
