L’inflation et les droits des femmes : quand les produits d’hygiène féminine deviennent un luxe
Sarajevo, Bosnie-Herzégovine – Entre l’inflation galopante et les politiques tarifaires fluctuantes, un produit de première nécessité est devenu de plus en plus difficile d’accès pour des millions de femmes : les produits d’hygiène féminine. Le prix des tampons et des protections hygiéniques a grimpé de près de 40% depuis 2020, passant d’environ 5,37 $ à 7,43 $ l’unité, selon les données de février 2026 de l’entreprise d’études de marché Circana.
Cette hausse des prix, qui s’ajoute à la « taxe rose » – ces taxes sur les produits spécifiquement destinés aux femmes – pèse lourdement sur les budgets des ménages. Dans certains États américains, comme le Tennessee, le Mississippi et l’Indiana, cette taxe atteint 7%, alors que les produits considérés comme des dispositifs médicaux en sont souvent exemptés.
« Je pense qu’on arrive à un point où les consommateurs doivent choisir entre acheter de la nourriture pour leur famille ou des médicaments », explique Sarah Broyd, associée chez Clarkston Consulting. « Certaines choses que l’on considère généralement comme des nécessités, les gens trouvent des alternatives ou s’en passent tout simplement. »
Des tarifs qui aggravent la situation
L’augmentation des prix ne se limite pas à l’inflation. Les tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur les produits importés, notamment ceux contenant du coton, ont également contribué à la flambée des prix. En 2025, les États-Unis ont collecté 115 millions de dollars de droits de douane sur les produits d’hygiène féminine en coton, contre seulement 42 millions de dollars en 2020.
La majorité de ces produits sont importés du Canada, de Chine et du Mexique, des pays sur lesquels l’administration Trump a imposé des tarifs douaniers variables au cours de l’année écoulée.
Des alternatives se dessinent
Face à cette situation, de plus en plus de femmes se tournent vers des alternatives plus abordables, comme les protections hygiéniques réutilisables. Des entreprises comme Saalt, spécialisée dans les coupes menstruelles et les sous-vêtements menstruels, constatent une demande croissante, notamment chez les jeunes générations.
« L’abordabilité est primordiale », souligne Cherie Hoeger, PDG de Saalt. « Une coupe menstruelle peut durer jusqu’à 10 ans et coûte environ 30 $. Cela permet d’économiser jusqu’à 1 800 $ sur la durée de vie de la coupe. »
Dafna Diamant, une New-Yorkaise de 30 ans, témoigne de cette nécessité de trouver des solutions alternatives. « C’est fou, et on a l’impression qu’en tant que femme, on doit payer environ 50 $ tous les deux mois », confie-t-elle. « Et pour certaines personnes, cela pèse sur leurs revenus. »
Les géants de l’industrie sous pression
Même les grandes entreprises du secteur ressentent les effets de cette crise. Procter & Gamble, la société mère de la marque Always, a annoncé en juillet 2025 une augmentation des prix de 25% de ses produits de soins personnels et ménagers en raison d’un impact tarifaire annuel total d’un milliard de dollars. Kimberly-Clark, le fabricant de Kotex, a quant à lui déclaré avoir subi des coûts tarifaires bruts de 300 millions de dollars, dont plus de la moitié liés aux tarifs douaniers sur la Chine.
Certaines entreprises, comme Edgewell Personal Care, ont même décidé de se désengager du marché des produits d’hygiène féminine, vendant leur activité à une entreprise suédoise pour 340 millions de dollars en novembre 2025.
L’augmentation des prix et la recherche d’alternatives pourraient bien marquer un tournant dans l’industrie des produits d’hygiène féminine, mettant en lumière les conséquences économiques de l’inflation et des politiques tarifaires sur les droits des femmes. Le Congrès américain a d’ailleurs lancé une étude sur les "Pink Tariffs" afin de déterminer si le système tarifaire américain est "régressif" ou présente un "biais de genre".
