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Syrie : la liberté d’expression à la foire du livre de Damas

Syrie : Une foire du livre à Damas témoigne d’une liberté d’expression nouvelle, mais suscite des inquiétudes

DAMAS, Syrie – Après des années de censure et de restrictions sévères, la foire internationale du livre de Damas, qui s’est achevée lundi, marque un tournant pour la Syrie, témoignant d’une liberté d’expression retrouvée depuis la destitution de Bachar al-Assad en décembre 2024. L’événement a attiré environ 250 000 visiteurs le premier jour, selon les médias d’État, et a réuni environ 500 maisons d’édition de 35 pays.

Pour Abdul-Razzaq Ahmad Saryoul, un éditeur syrien publiant depuis 2003, cette édition est sans précédent. Il a été surpris de recevoir un permis de participation sans même que l’on lui demande le contenu de ses ouvrages, une situation impensable sous le régime précédent, où de nombreux livres étaient interdits et les mesures de sécurité étaient strictes.

La foire a également été l’occasion de voir pour la première fois depuis des décennies des livres en langue kurde exposés à Damas. Salah Sorakji, un éditeur kurde, a salué cette avancée, soulignant que les Kurdes avaient longtemps souffert de discrimination, notamment en ce qui concerne leur langue et leur culture, sous le régime d’Assad. Cette reconnaissance intervient après des affrontements récents entre les forces gouvernementales et les combattants kurdes dans le nord-est du pays, et s’inscrit dans une tentative du gouvernement de Damas de rassurer la communauté kurde quant à son statut de citoyens égaux dans le nouvel ordre politique. Un décret a été émis le mois dernier accordant aux Kurdes des droits longtemps refusés, notamment la restauration de la citoyenneté à ceux qui l’avaient perdue, la reconnaissance du kurde comme langue officielle et la célébration de Newroz, la fête du printemps kurde.

Cependant, cette nouvelle liberté n’est pas sans susciter des inquiétudes. L’apparition de livres d’auteurs islamistes, auparavant interdits, a provoqué de l’anxiété parmi les minorités religieuses, notamment les alaouites et les druzes, qui ont été victimes d’attaques sectaires au cours de la dernière année. Des ouvrages d’Ibn Taymiyya, un érudit islamique du 14ème siècle dont les enseignements sont suivis par des groupes djihadistes sunnites, étaient vendus ouvertement, après des décennies d’interdiction.

“Avant la libération, ce livre était interdit en Syrie”, a déclaré Abu Obeida, un homme portant un uniforme militaire, en achetant un ouvrage d’Ibn Taymiyya. “Quiconque possédait un tel livre était emprisonné.”

Le seul livre interdit cette année était “Avez-vous entendu les propos des Rafida ?”, qui contient des discours d’Abu Musab al-Zarqawi, le chef d’Al-Qaïda en Irak, tué en 2006. L’Irak avait demandé aux autorités syriennes de le retirer, estimant qu’il incitait à la haine contre les musulmans chiites.

Cette situation complexe reflète les défis auxquels la Syrie est confrontée dans sa transition vers un système plus ouvert et inclusif. Selon les Nations Unies, le conflit syrien a causé la mort de plus de 350 000 personnes et a déplacé des millions d’autres. La reconstruction du pays et la réconciliation nationale nécessiteront des efforts considérables pour surmonter les divisions sectaires et garantir les droits de toutes les communautés.

Hala Bishbishi, directrice de la maison d’édition égyptienne Al-Hala, a souligné l’importance de cet événement dans le contexte syrien, tout en reconnaissant que la foire de Damas ne peut pas encore être comparée à celles des pays du Golfe riches en pétrole. Atef Namous, un éditeur syrien vivant à l’étranger depuis 45 ans, a participé pour la première fois, soulignant que tout livre, y compris ceux importés des pays occidentaux, peut désormais être vendu.

Mayada Kayali, une autre éditrice, a insisté sur la nécessité d’offrir aux jeunes générations, qui ont “émergé de la guerre, de l’injustice et de l’oppression”, un accès à la connaissance sans restrictions.

La foire du livre de Damas, qui a été interrompue pendant plusieurs années après le début de la guerre civile syrienne en mars 2011, représente un pas important vers la reconstruction du pays et la promotion d’une société plus ouverte et tolérante. Cependant, les défis restent nombreux et la vigilance est de mise pour éviter que la liberté d’expression ne soit utilisée pour attiser les tensions sectaires et compromettre la stabilité du pays.

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