L’alerte sanitaire dans les montagnes Rocheuses
La découverte du syndrome du nez blanc dans le parc national de Jasper marque un tournant inquiétant pour les chercheurs de la faune qui se préparaient depuis des années à l’arrivée de ce pathogène mortel. Selon les informations rapportées par Jasper Local, le champignon a été détecté dans l’unique hibernacle connu du parc lors d’un relevé effectué en mars dernier. Bien que l’arrivée de la maladie dans les Rocheuses ait été anticipée, la rapidité de sa progression a surpris les experts.« Cela a pris 20 ans pour en arriver là, mais c’était inévitable », Nina Veselka, biologiste de la faune à Parcs Canada.

« Il était un peu surprenant de voir à quel point cela s’est propagé rapidement dans les montagnes », a ajouté la biologiste.
Une mortalité qui s’envole de manière alarmante
Si le nombre total de chauves-souris recensées dans la grotte reste relativement stable — 615 individus cette année contre environ 650 lors du précédent inventaire — la mortalité, elle, a explosé. Les chercheurs ont observé un changement radical dans les données de terrain.- Mortalité typique récente : 3 chauves-souris
- Record précédent de mortalité : 11 chauves-souris
- Mortalité observée cette année : 69 chauves-souris
« C’est un bond énorme », a souligné Nina Veselka.

« Nous avons prélevé quelques chauves-souris sur la paroi et avons examiné leurs ailes sous une lumière fluorescente et elles brillaient », Nina Veselka, via Jasper Local.
Nina Veselka, via Jasper Local« C’était une infection assez sévère », a-t-elle précisé.
Le mécanisme biologique du syndrome du nez blanc
Le coupable est le champignon *Pseudogymnoascus destructans*. Comme l’explique l’ Université de l’Illinois, ce pathogène prospère dans les environnements froids et humides, préférant des températures comprises entre 39 et 59 degrés Fahrenheit. La maladie agit en perturbant la torpeur hivernale des chauves-souris. En colonisant la peau, le champignon provoque des réveils fréquents de l’animal. Chaque sortie de l’état de dormance force la chauve-souris à consommer ses réserves de graisse vitales, ce qui mène souvent à l’épuisement et à la mort avant le printemps. Les conséquences à l’échelle du continent sont déjà massives. Des études publiées sur PMC indiquent que le syndrome a déjà tué environ six millions de chauves-souris en Amérique du Nord. Dans l’est du continent, la maladie a décimé entre 90 et 98 % de certaines populations. La situation à Jasper est particulièrement critique en raison de la fragilité de l’habitat.« Nous n’avons que l’unique hibernacle confirmé », a averti Nina Veselka.
« Protéger cette grotte et la population qu’elle abrite est très important pour Jasper », a-t-elle ajouté, craignant que la petite taille de la population locale ne rende les impacts encore plus dévastateurs. « Si nous partons d’une population beaucoup plus petite et que nous observons la même mortalité, les impacts sont bien plus profonds. Nous pourrions être confrontés à une extirpation. »
L’enjeu écologique et les mesures de sauvetage

