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Syndrome du nez blanc confirmé à Jasper, mortalité en flambée

by Camille Laurent - Santé
L'alerte sanitaire dans les montagnes Rocheuses
En mars 2026, le syndrome du nez blanc a été confirmé dans le seul site d’hibernation connu du parc national de Jasper, au Canada. Cette maladie fongique dévastatrice menace les populations locales de chauves-souris, après que des chercheurs ont détecté une hausse brutale de la mortalité dans les grottes de la région.

L’alerte sanitaire dans les montagnes Rocheuses

La découverte du syndrome du nez blanc dans le parc national de Jasper marque un tournant inquiétant pour les chercheurs de la faune qui se préparaient depuis des années à l’arrivée de ce pathogène mortel. Selon les informations rapportées par Jasper Local, le champignon a été détecté dans l’unique hibernacle connu du parc lors d’un relevé effectué en mars dernier. Bien que l’arrivée de la maladie dans les Rocheuses ait été anticipée, la rapidité de sa progression a surpris les experts.

« Cela a pris 20 ans pour en arriver là, mais c’était inévitable », Nina Veselka, biologiste de la faune à Parcs Canada.

L'alerte sanitaire dans les montagnes Rocheuses
Nina Veselka, via Jasper Local

« Il était un peu surprenant de voir à quel point cela s’est propagé rapidement dans les montagnes », a ajouté la biologiste.

Une mortalité qui s’envole de manière alarmante

Si le nombre total de chauves-souris recensées dans la grotte reste relativement stable — 615 individus cette année contre environ 650 lors du précédent inventaire — la mortalité, elle, a explosé. Les chercheurs ont observé un changement radical dans les données de terrain.
  • Mortalité typique récente : 3 chauves-souris
  • Record précédent de mortalité : 11 chauves-souris
  • Mortalité observée cette année : 69 chauves-souris

« C’est un bond énorme », a souligné Nina Veselka.

Une mortalité qui s'envole de manière alarmante
Photo: vetmed.illinois.edu
L’infection est visible à l’œil nu sous la forme d’une croissance fongique blanche sur le museau et les ailes. L’utilisation de la lumière ultraviolette a permis de confirmer l’ampleur des dégâts.

« Nous avons prélevé quelques chauves-souris sur la paroi et avons examiné leurs ailes sous une lumière fluorescente et elles brillaient », Nina Veselka, via Jasper Local.

Nina Veselka, via Jasper Local

« C’était une infection assez sévère », a-t-elle précisé.

Le mécanisme biologique du syndrome du nez blanc

Le coupable est le champignon *Pseudogymnoascus destructans*. Comme l’explique l’ Université de l’Illinois, ce pathogène prospère dans les environnements froids et humides, préférant des températures comprises entre 39 et 59 degrés Fahrenheit. La maladie agit en perturbant la torpeur hivernale des chauves-souris. En colonisant la peau, le champignon provoque des réveils fréquents de l’animal. Chaque sortie de l’état de dormance force la chauve-souris à consommer ses réserves de graisse vitales, ce qui mène souvent à l’épuisement et à la mort avant le printemps. Les conséquences à l’échelle du continent sont déjà massives. Des études publiées sur PMC indiquent que le syndrome a déjà tué environ six millions de chauves-souris en Amérique du Nord. Dans l’est du continent, la maladie a décimé entre 90 et 98 % de certaines populations. La situation à Jasper est particulièrement critique en raison de la fragilité de l’habitat.

« Nous n’avons que l’unique hibernacle confirmé », a averti Nina Veselka.

Introduction au Syndrome du museau blanc
Nina Veselka, via Jasper Local

« Protéger cette grotte et la population qu’elle abrite est très important pour Jasper », a-t-elle ajouté, craignant que la petite taille de la population locale ne rende les impacts encore plus dévastateurs. « Si nous partons d’une population beaucoup plus petite et que nous observons la même mortalité, les impacts sont bien plus profonds. Nous pourrions être confrontés à une extirpation. »

L’enjeu écologique et les mesures de sauvetage

L'enjeu écologique et les mesures de sauvetage
Au-delà de la perte de biodiversité, la disparition des chauves-souris menace l’équilibre des écosystèmes. Ces mammifères jouent un rôle de régulateur naturel indispensable. Selon le Wildlife Department, une seule chauve-souris peut consommer jusqu’à 3 000 insectes, dont des moustiques et des ravageurs agricoles, en une seule nuit. Face à l’urgence, Parcs Canada et ses partenaires ont commencé à déployer des solutions de mitigation, notamment l’application de traitements probiotiques conçus pour réduire la sévérité des infections fongiques en améliorant le microbiome cutané naturel des animaux. La lutte contre le syndrome du nez blanc reste une course contre la montre. Alors que le champignon continue sa progression vers l’ouest, la survie des populations de haute altitude dépendra de l’efficacité de ces interventions et de la capacité des scientifiques à protéger les derniers refuges de ces sentinelles de l’écologie.

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