Le prédicateur Dhirendra Shastri, figure centrale du Bageshwar Dham, a entamé ce vendredi 5 juin 2026 une série de conférences de trois jours au Race Course Ground de Rajkot, dans l’État du Gujarat. Cet événement, baptisé « Sanatan Setu Shri Hanumant Katha », suscite une vive controverse en raison d’accusations de promotion de la superstition lors de ses séances de « Divya Darbar ».
La controverse autour des séances de « Divya Darbar »
Si l’organisation de la « Hanumant Katha » en elle-même ne fait pas l’objet de contestations majeures, ce sont les activités annexes prévues en fin de journée qui cristallisent les tensions. Selon des informations rapportées par BBC Gujarati, des critiques dénoncent l’organisation de séances de « Divya Darbar » (cour divine) et de « Pret Darbar » (cour des esprits), où Dhirendra Shastri prétend accomplir des miracles.

Pour ses détracteurs, ces pratiques s’apparentent à de la tromperie. ABP Asmita souligne que des opposants, dont le militant Purushottam Pipaliya, ont officiellement demandé l’annulation de ces segments spécifiques. M. Pipaliya a déposé des plaintes auprès des autorités policières, arguant que ces démonstrations induisent le public en erreur et propagent des croyances irrationnelles sous couvert de religiosité.

Le débat s’est intensifié lorsque des membres du comité organisateur ont affirmé publiquement que le « Divya Darbar » permettait de lire les pensées des fidèles et de guérir des maux chroniques. En réponse, des organisations rationalistes locales ont mené des campagnes de sensibilisation aux abords du Race Course Ground, distribuant des tracts rappelant les lois en vigueur dans le Gujarat contre la fraude sous couvert de pratiques occultes. Le commissaire adjoint de police de Rajkot, interrogé lors d’une conférence de presse le 4 juin, a précisé que les services de sécurité avaient reçu des directives strictes pour surveiller tout débordement, sans toutefois interdire le contenu des sermons, invoquant la liberté de pratique religieuse protégée par la Constitution.
Les actions en justice et la demande de protection policière
Le conflit a pris une tournure juridique et sécuritaire. Purushottam Pipaliya, cité par ETV Bharat, a explicitement demandé aux autorités de Rajkot de retirer l’autorisation accordée pour ces séances de « cour des esprits ». Il fonde sa démarche sur l’article 51(A)(b) de la Constitution indienne, qui impose aux citoyens le devoir de promouvoir l’esprit scientifique, l’humanisme et la réforme.
Dans une démarche singulière, le plaignant a également sollicité une protection policière. Son argument est le suivant : si les autorités accordent une sécurité à Dhirendra Shastri pour ses rassemblements, elles devraient également protéger ceux qui tentent de démasquer ce qu’ils considèrent comme des supercheries. « Si le baba résout le problème de l’enlèvement de mon enfant, survenu il y a des années, alors je l’accueillerai », a déclaré Purushottam Pipaliya, via ETV Bharat.
Le dossier déposé par M. Pipaliya auprès du commissariat de Rajkot City mentionne également des inquiétudes sur la gestion des foules. Selon les documents consultés, le demandeur souligne que la promesse de « guérisons miraculeuses » attire des individus vulnérables et malades, ce qui pose des risques sanitaires en cas de bousculade. Le bureau du magistrat de district a confirmé avoir reçu la plainte, mais a indiqué que l’autorisation pour l’événement avait été délivrée après un examen préalable par le comité de sécurité urbaine, qui a conclu que la logistique prévue par le « Saurashtra Sanatan Samiti » respectait les normes de sécurité incendie et de circulation.
L’organisation logistique et les objectifs de la manifestation
Malgré les protestations, l’événement se déroule comme prévu. Le comité organisateur, le « Saurashtra Sanatan Samiti », soutenu par des personnalités locales et des membres d’organisations comme le Vishva Hindu Parishad, maintient que l’objectif est de renforcer l’unité hindoue et de promouvoir les valeurs spirituelles.

Selon Abtak Media, une logistique importante a été déployée pour cet événement. Onze « kalash » (vases sacrés) ont été apportés depuis le Bageshwar Dham dans le Madhya Pradesh après avoir été consacrés par des rituels. Pour optimiser l’organisation et limiter l’empreinte écologique, les organisateurs ont privilégié des pèlerinages à pied dans 11 zones de la ville plutôt qu’une unique procession motorisée, afin d’économiser le carburant.
Le site du Race Course Ground a été aménagé pour accueillir environ 50 000 personnes par jour, selon les déclarations des organisateurs à la presse locale. Le coordinateur de l’événement, Harshad Patel, a assuré que des systèmes de vidéosurveillance haute définition ont été installés pour surveiller les points d’entrée et de sortie. En outre, une équipe médicale composée de volontaires, incluant des médecins et des infirmiers, est présente sur place pour répondre aux urgences, une mesure imposée par les autorités municipales comme condition à la tenue du rassemblement.
La présence du Vishva Hindu Parishad (VHP) a également été remarquée. Dans un communiqué officiel transmis aux médias de Rajkot, le VHP a réaffirmé son soutien total à Dhirendra Shastri, qualifiant les attaques contre le « Divya Darbar » d’« attaque contre la culture Sanatan ». Le porte-parole local du VHP a ajouté que toute tentative d’entraver le déroulement des séances spirituelles serait perçue comme une provocation par la communauté hindoue locale.
Les organisateurs ont balayé les critiques des associations rationalistes, qualifiant les accusations de sans fondement. À ce jour, les autorités n’ont pas accédé à la demande d’annulation, permettant au programme de se poursuivre jusqu’à sa clôture prévue le 7 juin 2026. La tension reste palpable, alimentée par les débats virulents sur les réseaux sociaux où les partisans du prédicateur et les militants rationalistes continuent de s’affronter. Les forces de l’ordre, déployées en nombre autour du périmètre du Race Course Ground, maintiennent un dispositif de surveillance renforcé, avec des patrouilles mobiles circulant dans les zones adjacentes pour prévenir tout incident entre les manifestants et les participants à la « Katha ».
