Israël prévoit l’établissement d’une « zone de sécurité » au Sud-Liban : 600 000 personnes menacées d’exil
BEYROUTH — Le sud du Liban s’enfonce dans une crise humanitaire et territoriale sans précédent alors qu’Israël intensifie sa campagne terrestre et aérienne pour instaurer une zone tampon s’étendant jusqu’au fleuve Litani. Ce projet stratégique, qui couvrirait près d’un dixième du territoire libanais, menace de priver durablement plus de 600 000 résidents de l’accès à leurs foyers.
Une stratégie de contrôle territorial
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a explicitement détaillé un plan visant à maintenir le contrôle sur une partie du sud du Liban après la fin des hostilités avec le Hezbollah. Cette stratégie ne se limite pas à une présence militaire ; elle inclut la destruction systématique des infrastructures frontalières et la démolition de maisons dans les villages libanais proches de la frontière.

L’objectif affiché est la création d’une zone de sécurité visant à neutraliser les menaces, mais pour les populations locales, cela s’apparente à une occupation de facto. Cette approche fait écho aux méthodes précédemment déployées dans la bande de Gaza, marquant un tournant dans la gestion du conflit frontalier.
Le calvaire des populations civiles
Derrière les objectifs militaires se cache une réalité humaine brutale. Pour les familles vivant au sud du Litani, la notion de « cessez-le-feu » de 2024 n’a été qu’une illusion. Depuis un an et demi, ces populations subissent des bombardements constants, des attaques de drones et des incursions terrestres, se retrouvant livrées à elles-mêmes.
Les témoignages recueillis sur place, notamment ceux de Susann Kassem, décrivent un quotidien marqué par la terreur. Dans le sud ainsi qu’à Dahiyeh, des maisons ont été réduites en cendres ou vandalisées. Des récits font état de habitations souillées par des graffitis obscènes et des déchets, tandis que des familles sont contraintes d’enterrer leurs morts dans une solitude forcée, sous la menace permanente de nouvelles frappes de l’armée israélienne (IDF).
Un vide sécuritaire critique
L’aggravation de la situation est accentuée par un vide institutionnel profond. Depuis que le Hezbollah s’est retiré au nord du fleuve Litani, les résidents du sud se retrouvent sans protection. L’absence d’assistance de l’armée nationale libanaise laisse les civils sans défense face à l’intensification des opérations israéliennes.
Ce front libanais s’inscrit dans un contexte géopolitique plus vaste, marqué par l’escalade d’une guerre impliquant les États-Unis et Israël contre l’Iran, avec des répercussions directes à Beyrouth, cible régulière de missiles et de drones.
Enjeu d’intérêt public et droit international
L’établissement d’une zone tampon et le blocage du retour de centaines de milliers de déplacés soulèvent des questions cruciales sur le respect du droit international et la souveraineté du Liban. L’impact social et économique de l’éviction de 600 000 personnes risque de déstabiliser durablement la région, transformant une zone frontalière en un espace de non-droit et de dévastation structurelle.
L’urgence actuelle ne réside pas seulement dans l’arrêt des combats, mais dans la reconnaissance d’une crise humanitaire où des milliers de familles voient leur lien avec leur terre définitivement rompu.
