Le régime iranien face à une succession incertaine après la mort de l’ayatollah Khamenei
Téhéran, Iran – La mort de l’ayatollah Ali Khamenei, survenue le 28 février 2026, a plongé l’Iran dans une période de transition politique délicate, marquée par une guerre en cours et des pressions internes et externes. C’est seulement la deuxième succession au poste de guide suprême en 47 ans d’histoire de la République islamique, la première depuis le transfert de pouvoir de l’ayatollah Ruhollah Khomeini à Khamenei en juin 1989.
Un Conseil de leadership intérimaire composé du président Masoud Pezeshkian, du chef de la justice Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i et de l’ayatollah Alireza Arafi a été mis en place le 1er mars 2026, conformément à l’article 111 de la Constitution iranienne. Ce conseil assume temporairement les fonctions du guide suprême en attendant la nomination d’un nouveau leader par l’Assemblée des experts, un organe composé de 88 religieux élus.
L’Assemblée des experts, bien que chargée d’une mission constitutionnelle cruciale, est soumise à une forte pression pour accélérer le processus de succession, notamment en raison du contexte de guerre. Une réunion du 3 mars a même été la cible d’un bombardement israélien sur la ville de Qom, sans faire de victimes.
Un processus de sélection opaque
Le choix du prochain guide suprême s’annonce complexe. Plusieurs noms circulent, dont celui de Mojtaba Khamenei, le fils de l’ayatollah défunt. Bien que son nom soit souvent évoqué dans les médias, il ne possède pas le statut de haut dignitaire religieux. D’autres candidats potentiels incluent l’ayatollah Alireza Arafi, membre du Conseil de leadership intérimaire, l’ayatollah Mohammad Mehdi Mirbagheri et l’ayatollah Hashem Hosseini Bushehri.
Le processus de sélection est intrinsèquement opaque. L’Assemblée des experts, dont les membres sont d’abord approuvés par le Conseil des gardiens – un organe nommé par le guide suprême et le chef de la justice – est peu encline à remettre en question le pouvoir en place. Les élections de l’Assemblée des experts, marquées par un faible taux de participation (environ 40% en mars 2024) et par la disqualification de nombreux candidats modérés et réformistes par le Conseil des gardiens, ne sont pas considérées comme libres et équitables.
Un précédent controversé : la succession de 1989
La succession de 1989, qui a vu l’accession de Khamenei au poste de guide suprême, est souvent citée comme un précédent controversé. À l’époque, la Constitution avait été amendée pour permettre à un clerc de rang inférieur, comme Khamenei, d’assumer la fonction. Khamenei, alors étudiant de Khomeini, était davantage intéressé par la politique que par la religion et possédait le titre de Hojjat al-Eslam, un rang inférieur à celui d’ayatollah. Son statut a été élevé à celui de grand ayatollah après sa nomination, une décision perçue par certains comme une manipulation politique.
L’ayatollah Hussein-Ali Montazeri, initialement pressenti pour succéder à Khomeini, avait été écarté et placé en résidence surveillée après avoir exprimé des doutes sur les qualifications de Khamenei et dénoncé la répression politique.
L’avenir du régime en jeu
La succession de Khamenei représente un moment crucial pour l’Iran. L’élection de Mojtaba Khamenei, bien que possible, pourrait être perçue comme une continuation de la tendance à privilégier les considérations politiques aux principes religieux, amorcée en 1989. Israël a d’ores et déjà menacé d’éliminer tout successeur à Khamenei, ajoutant une dimension supplémentaire à l’instabilité de la situation.
Le Conseil de leadership intérimaire et l’Assemblée des experts sont confrontés à la tâche délicate de préserver la stabilité du régime tout en répondant aux attentes d’une population de plus en plus mécontente et aux pressions internationales. L’issue de cette succession déterminera l’avenir de la République islamique et son rôle dans la région.
