Tensions au Moyen-Orient : Washington s’apprête à escorter les pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les prix de l’énergie montent en flèche
WASHINGTON – L’administration Trump a annoncé le 3 mars qu’elle pourrait fournir une escorte navale aux pétroliers et aux transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) traversant le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique menacée par les tensions croissantes avec l’Iran. Cette annonce intervient après que Téhéran a lancé des attaques contre ses voisins et menacé de perturber le flux d’énergie dans la région.
Le détroit d’Ormuz, point de passage étroit de 104 miles reliant le golfe Persique aux marchés mondiaux, est emprunté quotidiennement par près de 20 millions de barils de pétrole. Sa fermeture, même temporaire, pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale.
"Si nécessaire, la marine américaine commencera à escorter les pétroliers à travers le détroit d’Ormuz, dès que possible", a déclaré le président Trump sur les réseaux sociaux. Il a également promis d’offrir une "assurance contre les risques politiques et des garanties pour la sécurité financière de TOUT le commerce maritime, en particulier l’énergie, voyageant dans le golfe".
Cette intervention américaine fait suite à une flambée des prix de l’énergie, exacerbée par la suspension partielle des exportations de GNL du Qatar le 2 mars, en raison des tensions régionales. L’explosion d’un pétrolier russe transportant du GNL en Méditerranée, attribuée à une attaque de drone ukrainienne selon Reuters, a également contribué à l’instabilité des marchés.
Impact différencié selon les régions
Si les prix du pétrole et du gaz naturel ont augmenté aux États-Unis, l’impact est bien plus marqué en Asie et en Europe, qui dépendent fortement des volumes de pétrole et de GNL du Qatar. Pavel Molchanov, analyste chez Raymond James, souligne que le benchmark européen du gaz a bondi de 90 % en deux jours.
Les États-Unis, en tant que premier producteur mondial de pétrole et de GNL, sont moins vulnérables à ces perturbations. Au contraire, ils pourraient en bénéficier, selon Mathieu Utting, analyste chez Rystad Energy. "Près de 15 % des volumes de GNL américains ne sont pas couverts par des contrats à long terme et peuvent être vendus sur le marché au comptant à des prix plus élevés", explique-t-il.
Les entreprises américaines se positionnent
Venture Global, un important exportateur américain de GNL, se dit particulièrement bien placé pour profiter de la situation. Son PDG, Mike Sabel, a déclaré le 2 mars que l’entreprise disposait de "la plus grande quantité de cargaisons disponibles" sur le marché au comptant et qu’elle possédait une flotte de transporteurs lui permettant de contourner la hausse des coûts de fret.
L’arrivée prochaine de la nouvelle installation de GNL Golden Pass, co-propriété de QatarEnergy et d’ExxonMobil, sur la côte du Texas, pourrait également contribuer à augmenter l’offre américaine. ExxonMobil a indiqué que la production devrait débuter "début mars".
Des évacuations d’employés et de familles
La situation sécuritaire préoccupante a conduit les entreprises énergétiques à prendre des mesures pour protéger leurs employés. ExxonMobil a déclaré qu’elle se concentrait sur la sécurité de son personnel présent en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis. TotalEnergies a quant à elle annoncé qu’elle organisait le rapatriement des familles de ses employés dans la région.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’engagent à augmenter leur production
Malgré les difficultés logistiques liées au détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont engagés à augmenter leur production de pétrole pour atténuer la crise énergétique. L’Arabie saoudite peut également acheminer davantage de volumes via son pipeline East-West Crude Oil et exporter via la mer Rouge et le canal de Suez.
Selon Matt Reed, de Foreign Reports, le marché adopte une attitude prudente. "Les prix ont augmenté, mais pas autant qu’ils pourraient l’être", observe-t-il. L’évolution de la situation dépendra de la capacité de l’Iran à modérer ses attaques et de la rapidité avec laquelle ses capacités militaires seront affaiblies.
La question clé, selon Reed, est de savoir "combien de temps l’Iran retiendra-t-il ses attaques" et "à quelle vitesse ses capacités militaires seront-elles affaiblies". Les réponses à ces questions détermineront si la situation s’aggrave.
