La nouvelle structure tarifaire de la physiothérapie, prévue pour 2027, provoque une scission profonde au sein de la profession en Suisse. Alors que les partenaires tarifaires défendent une modernisation nécessaire, une nouvelle association, PROphysio, conteste vivement le modèle, s’appuyant sur un sondage indiquant que 70 % des physiothérapeutes rejettent cette réforme.
Le conflit tarifaire : une fracture entre partenaires et base
Le projet de réforme tarifaire, qui doit entrer en vigueur en 2027, cristallise les tensions dans le secteur de la santé. La profession fait face à une scission. D’un côté, les organisations historiques — Physioswiss, H+ et Prioswiss — défendent le dossier transmis au Conseil fédéral. De l’autre, une nouvelle structure baptisée PROphysio s’est constituée pour porter la voix des praticiens mécontents.
Le mécontentement ne se limite pas aux propriétaires de cabinets. La majorité des employés rejettent également ces nouveaux tarifs. Un sondage réalisé par l’institut Sotomo auprès de 2 800 physiothérapeutes révèle que plus de 70 % d’entre eux évaluent la réforme comme « très ou plutôt négative ». Cette opposition massive a conduit à la création de PROphysio, qui remet en cause la représentativité des négociations menées jusqu’ici.
Dans le système de santé suisse, la révision des tarifs médicaux est un processus complexe. Les partenaires tarifaires, qui incluent les associations de prestataires et les assureurs, négocient des structures. Lorsqu’un accord est soumis au Conseil fédéral, celui-ci doit se prononcer sur ces tarifs.
Les arguments des partenaires tarifaires : modernisation contre « malentendus »
Face à la fronde, les partenaires tarifaires ont tenté de clarifier leurs positions lors d’une communication conjointe. Physioswiss, H+ et Prioswiss réfutent les accusations de baisse de revenus ou de bureaucratie accrue. Ils évoquent des « malentendus » et des « présentations incomplètes ou erronées » pour expliquer l’ampleur du débat public.

Les trois organisations soulignent que la structure tarifaire actuelle, datant de 1997, nécessite une mise à jour. Selon les partenaires tarifaires :
- La réforme n’est « en aucun cas un programme d’économies ».
- Le volume total des prestations reste inchangé.
- Le nouveau modèle privilégie les traitements complexes, les thérapies spécialisées et les mesures de prévention des chutes.
- Les physiothérapeutes disposeront d’une plus grande autonomie pour ajuster la durée des soins.
L’argument central des instances dirigeantes repose sur la nécessité de remplacer le tarif actuel. En Suisse, l’adaptation des tarifs est un enjeu majeur.
Le passage à la facturation par tranches de cinq minutes
Au cœur de la discorde technique se trouve la méthode de facturation. Le nouveau modèle prévoit de basculer vers un tarif à la prestation intégrant une composante temporelle. Concrètement, les soins seront facturés par tranches de cinq minutes.

Cette transformation inquiète particulièrement les opposants. Les opposants craignent des conséquences directes sur l’offre de soins. Selon PROphysio, une augmentation de la durée des traitements — nécessaire pour répondre aux besoins des patients — serait largement compensée par une diminution du nombre de patients pris en charge quotidiennement. Cette équation économique est au centre des échanges, alors que les négociations sur la valeur du point tarifaire demeurent, à ce stade, toujours en cours.
La transition vers une facturation basée sur le temps effectif soulève des craintes quant à la standardisation des actes.
Quel avenir pour la profession ?
Le débat dépasse aujourd’hui la simple question des tarifs pour devenir une discussion sur l’orientation future de la physiothérapie. Alors que Physioswiss s’appuie sur 26 pétitions cantonales pour réclamer une hausse de la valeur du point tarifaire, d’autres mouvements, comme SwissODP et l’initiative Physio140, exigent une refonte structurelle complète du projet.
Le succès ou l’échec de cette réforme dépendra de la capacité du Conseil fédéral à arbitrer entre les exigences des assureurs et les revendications des cabinets de physiothérapie. La complexité du dossier est accentuée par la diversité des structures d’exercice.
Le Conseil fédéral détient désormais les clés du dossier. Il doit trancher sur ces tarifs avant l’échéance de 2027. D’ici là, la polarisation entre les instances dirigeantes et la base des praticiens semble s’inscrire dans la durée, transformant la réforme tarifaire en un test de cohésion pour le système de santé suisse. La décision finale du gouvernement sera déterminante pour la stabilité du secteur et pour la pérennité des services de physiothérapie offerts à la population suisse.
Find more reporting in our Économie section.
