Soudan du Sud : Remaniement ministériel et tensions croissantes ravivent les craintes d’un retour à la guerre civile
Juba, Soudan du Sud – Le président Salva Kiir a limogé sa vice-présidente, Josephine Lagu Yanga, et réintégré Hussein Abdelbagi Akol dans ses fonctions, dans le cadre d’un remaniement ministériel qui intervient alors que le pays est confronté à une instabilité politique et économique grandissante. Cette décision, annoncée jeudi soir par la radio nationale, s’inscrit dans une série de changements récents au sein du gouvernement de transition, notamment le remplacement du ministre des Finances, Bak Barnaba Chol, en novembre 2025.
Ces remaniements, fréquents sous la présidence de Kiir, sont perçus par les analystes comme le symptôme d’une fragilité institutionnelle profonde et d’une lutte pour le pouvoir exacerbée. "Les institutions de gouvernance sont profondément enracinées dans le tribalisme, la corruption, la mauvaise gestion et l’incompétence", a déclaré Boboya James Edimond, analyste à l’Institute of Social Policy and Research, à la Deutsche Welle (DW).
L’instabilité est d’autant plus préoccupante que le Soudan du Sud est confronté à une crise économique majeure, aggravée par la guerre civile au Soudan voisin. Le pays dépendait à plus de 90% des revenus pétroliers, dont 70% ont été perdus en raison du conflit soudanais, selon Daniel Akech, analyste principal de l’International Crisis Group.
Violence et déplacements de population
La situation sécuritaire se détériore également, notamment dans l’État de Jonglei, où environ 280 000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer en raison des affrontements entre l’armée nationale et des milices liées au Soudan People’s Liberation Army-in-Opposition (SPLA-iO), dont le chef, Riek Machar, a été suspendu de ses fonctions de premier vice-président.
Des témoignages recueillis par l’Agence France-Presse (AFP) font état de massacres de civils, notamment dans le comté d’Ayod, où des villageois auraient été "attirés dans un piège mortel" et "abattus sommairement" par les forces gouvernementales.
Un pays en "mode de survie"
Selon Akech, la détention de Machar a "unifié l’opposition" et contribué à la recrudescence de la violence. Il souligne que le gouvernement sud-soudanais est désormais en "mode de survie", cherchant à maintenir son soutien financier en redistribuant les ressources limitées.
"Avec Salva Kiir qui restructure sa base de soutien, en la réduisant, cela l’a en réalité affaibli et affaibli le secteur de la sécurité", a-t-il ajouté.
Le Soudan du Sud a connu une guerre civile dévastatrice de 2013 à 2018, qui a fait environ 400 000 morts. L’accord de partage du pouvoir conclu en 2018, qui a vu Kiir rester président et Machar devenir vice-président, avait brièvement stabilisé le pays, mais n’a pas réussi à apporter la prospérité à la plus jeune nation du monde, souvent citée parmi les plus corrompues.
Les analystes soulignent la nécessité d’un dialogue inclusif et d’une réforme des institutions pour sortir le Soudan du Sud de cette spirale de violence et d’instabilité. Pour l’heure, le pays semble au bord du gouffre, avec des civils pris au piège d’un conflit qui menace de replonger la région dans le chaos.
