Sommet mondial sur l’IA à New Delhi : ambitions de gouvernance face aux inquiétudes croissantes
NEW DELHI – Un sommet mondial sur l’intelligence artificielle s’est ouvert lundi à New Delhi, réunissant dirigeants politiques, chefs d’entreprises technologiques et experts pour aborder les enjeux cruciaux liés à cette technologie en pleine expansion, allant de la perturbation de l’emploi à la sécurité des enfants. Si l’événement, le quatrième du genre après des rencontres à Paris, Séoul et Bletchley, ambitionne d’établir une “feuille de route commune pour la gouvernance et la collaboration mondiale en matière d’IA”, certains observateurs craignent que son ampleur ne dilue les chances d’engagements concrets.
Le Premier ministre indien Narendra Modi a inauguré lundi l’AI Impact Summit, qui espère définir une approche globale de l’IA. Modi a souligné l’importance de l’événement pour l’Inde, affirmant sur X (anciennement Twitter) qu’il témoigne des progrès du pays en matière de science et de technologie et du potentiel de sa jeunesse.
L’intérêt pour l’IA générative a explosé ces derniers mois, dopant les profits et la valorisation boursière des entreprises technologiques. Cependant, cette effervescence s’accompagne d’une inquiétude croissante quant aux risques que représente l’IA pour la société et l’environnement. Le sommet de New Delhi se déroule dans un contexte mondial où les préoccupations concernant la désinformation, les biais algorithmiques et l’impact sur le marché du travail sont de plus en plus vives.
L’édition indienne du sommet, qui s’attend à accueillir 250 000 visiteurs, dont 20 chefs d’État et 45 délégations ministérielles, se distingue par son ambition d’être inclusive. Les organisateurs mettent en avant le thème “peuple, progrès, planète” – trois “sutras” – et soulignent qu’il s’agit du premier sommet sur l’IA organisé par un pays en développement.
Parmi les participants de marque figurent Sam Altman, PDG d’OpenAI, et Sundar Pichai, PDG de Google. Toutefois, l’absence de Jensen Huang, le patron de Nvidia, en raison de circonstances imprévues, est notable.
Le Premier ministre Modi prévoit de renforcer les partenariats mondiaux et de positionner l’Inde comme un leader dans le domaine de l’IA au cours de rencontres avec Emmanuel Macron, président français, et Luiz Inacio Lula da Silva, président brésilien.
Cependant, l’efficacité de ces discussions reste incertaine. Amba Kak, co-directrice de l’AI Now Institute, une organisation de recherche, met en garde contre le risque de voir émerger des “cadres d’autorégulation” qui permettraient aux entreprises technologiques de continuer à s’auto-évaluer. Elle souligne que les engagements pris lors de précédents événements ont souvent été limités et n’ont pas conduit à une responsabilisation significative des géants de l’IA.
Les enjeux de sécurité, notamment la protection des enfants contre les contenus préjudiciables générés par l’IA, sont également au cœur des préoccupations. Un récent scandale impliquant l’outil Grok d’Elon Musk, qui permettait de créer des images sexualisées de personnes, y compris des mineurs, a suscité une vague d’indignation mondiale. Kelly Forbes, directrice de l’AI Asia Pacific Institute, souligne que la sécurité des enfants et les dommages numériques sont des priorités croissantes, en particulier avec la facilité avec laquelle l’IA générative peut produire du contenu nuisible.
L’Inde, qui a récemment grimpé au troisième rang mondial en matière de compétitivité en IA selon un classement de l’université de Stanford, ambitionne de jouer un rôle de premier plan dans le développement et la gouvernance de cette technologie. Cependant, des experts soulignent que le pays a encore un long chemin à parcourir pour rivaliser avec les États-Unis et la Chine, et qu’il a besoin de partenariats internationaux pour s’intégrer pleinement à l’écosystème mondial de l’IA.
Bien que ni Donald Trump ni Xi Jinping ne soient présents, les États-Unis et la Chine ont envoyé des représentants de haut niveau pour participer aux discussions. Seth Hays, auteur de la newsletter Asia AI Policy Monitor, s’attend à ce que les échanges se concentrent sur la nécessité d’établir des garde-fous sans pour autant freiner l’innovation.
(France 24 avec AFP)
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