La Guerre Contre les “Sneckdowns” : New York se bat contre les bancs de neige urbains
New York, États-Unis – Au cœur d’une vague de froid mordante, New York se livre à une bataille singulière : celle contre les “sneckdowns”, ces amoncellements de neige et de glace qui rétrécissent les trottoirs et rendent la vie difficile aux piétons. Loin d’être une simple nuisance hivernale, ce phénomène révèle une complexité insoupçonnée dans la gestion urbaine et une nouvelle approche, teintée de “socialisme des égouts”, adoptée par l’administration du maire Eric Adams.
L’intersection de la 174e Rue et de Broadway, à Washington Heights, est devenue un champ de bataille. Joshua Goodman, adjoint au commissaire du Département de la Sanitation (DSNY), y observait récemment une pelle mécanique miniature s’attaquer à un “sneckdown” particulièrement tenace. “Ces machines sont parmi les seules capables de briser des blocs de glace”, explique Goodman, emmitouflé dans sa veste verte du DSNY.
Mais attention, tous les amoncellements de neige ne sont pas des “sneckdowns”. Le DSNY possède une véritable taxonomie. Les travailleurs de la voirie les appellent “corner caps”. Le passage étroit qui permet aux piétons de traverser est connu sous le nom de “curb cut”. Un arrêt de bus bloqué, en revanche, n’est pas un “sneckdown”. “Je vois des gens poster des photos et je me dis : ‘Non, ce n’est pas un sneckdown'”, s’amuse un employé du département, Eckerson. Un indice simple : si des traces de pneus sont visibles, il ne s’agit pas d’un “sneckdown”, les voitures l’ayant déjà emprunté.
La ligne de démarcation entre la responsabilité de la ville et celle des particuliers est floue. Si la neige se trouve sur la rue, c’est le DSNY qui intervient. Sur le trottoir, c’est aux propriétaires de s’en charger, avec l’obligation de dégager un passage d’au moins un mètre de large. La neige autour d’une voiture garée relève du conducteur, même si elle se trouve sur la voie publique. Et pour les arrêts de bus abrités, c’est le Département des Transports qui est responsable.
[Image Instagram d’un sneckdown particulièrement impressionnant, avec la légende : “La bataille contre les sneckdowns continue à New York ! #sneckdown #NewYork #hiver #neige”]
Cette année, le maire Adams a insisté pour que l’accès aux arrêts de bus soit garanti, même en cas de fortes chutes de neige, une évolution par rapport aux administrations précédentes qui se contentaient de s’assurer que les portes du bus puissent s’ouvrir.
L’effort de déneigement mobilise une armée de travailleurs d’urgence, payés à partir de 19,14 dollars de l’heure. Anthony Gutierrez, habituellement chauffeur de camion, s’acharnait récemment sur un “sneckdown” avec un grattoir à glace près d’un cabinet de radiologie. Daniel Johannes, en ushanka (chapeau d’hiver russe), en était à son troisième quart de travail de douze heures. “Nos voisins doivent pouvoir emprunter ces rues”, affirme-t-il, inlassablement.
La ville a mis en place PlowNYC, une carte en temps réel indiquant les rues déneigées, grâce à un programme informatique baptisé “Blade Runner”, utilisé également pour suivre les camions de collecte des ordures lorsque la neige est absente. Car la plupart des chasse-neige new-yorkais ne sont rien d’autre que des camions poubelles équipés d’une lame.
[Vidéo YouTube montrant le fonctionnement de PlowNYC et l’utilisation des camions poubelles comme chasse-neige : [URL de la vidéo]]
Cette crise hivernale a également mis en lumière l’approche “socialisme des égouts” prônée par Adams, qui se concentre sur l’amélioration des services publics quotidiens. Une philosophie qui rappelle les difficultés rencontrées par l’ancien maire John Lindsay lors d’une tempête de neige dans les années 1960. Adams lui-même a été aperçu en train de déneiger une voiture coincée près d’un ensemble immobilier social à Bed-Stuy, sous le regard amusé de la gouverneure Kathy Hochul, qui lui a conseillé de mettre un chapeau.
Javier Lojan, le commissaire par intérim de la Sanitation, a confié que le maire avait assisté à la revue matinale des équipes dès le premier jour de la tempête, tout en soulignant qu’il devait “plier les genoux un peu plus” pour améliorer sa technique de déneigement.
Au-delà de l’anecdote, la lutte contre les “sneckdowns” illustre un enjeu majeur : la qualité de vie dans les villes modernes. Selon les données de l’ONU, plus de 55% de la population mondiale vit désormais en zones urbaines, un chiffre qui devrait atteindre 68% d’ici 2050. La gestion efficace des espaces publics, notamment en hiver, est donc cruciale pour garantir la sécurité et le bien-être des citoyens. La bataille contre les “sneckdowns” à New York n’est donc pas qu’une affaire locale, mais un microcosme des défis auxquels sont confrontées les villes du monde entier.
