Face aux pressions exercées par l’administration Trump contre la Cour pénale internationale et aux sanctions visant sa présidente Tomoko Akane, l’ancien chef de la division des traités Shingo Yamasu exhorte le gouvernement conservateur japonais à accorder un soutien indéfectible à la magistrate.
L’ancien ambassadeur du Japon en Australie et professeur invité spécial à l’université Doshisha, Shingo Yamasu, s’est entretenu le 25 août avec le journal Sankei Shimbun. Il a réagi aux mesures punitives prises par les États-Unis à l’encontre de la Cour pénale internationale (CPI) et de sa présidente, Tomoko Akane, ciblée par des sanctions américaines. M. Yamasu, qui a occupé le poste de directeur de la division des traités en 2007 lors de l’adhésion du Japon à la CPI et a exercé les fonctions de directeur général adjoint du bureau des affaires juridiques au ministère des Affaires étrangères, a lancé un appel direct aux autorités de Tokyo.
Un soutien jugé insuffisant face aux sanctions américaines
Selon les déclarations rapportées par le Sankei Shimbun, Shingo Yamasu a qualifié de faible la réaction officielle de la Première ministre Sanae Takaichi, qui a qualifié la sanction d’ extrêmement regrettable. Pour l’ancien diplomate, cette formulation donne l’impression d’un commentaire émanant d’un tiers et manque de conviction alors qu’un ressortissant japonais subit des sanctions directes. Il soutient que le gouvernement doit manifester clairement son appui à la magistrate et signifier que ces mesures ne sont pas acceptables, sans pour autant nommer explicitement les États-Unis.
Laisser entendre qu’il s’agit d’un problème purement individuel de Mme Akane en période de difficulté est inadmissible. Il faut la protéger corps et âme. Dans cette optique, l’expression « extrêmement regrettable » est vide de sang. Ce que nous aimerions entendre de la part d’un gouvernement conservateur, c’est l’affirmation suivante : « Soutenir Tomoko Akane de toutes nos forces ». Shingo Yamasu, ancien directeur de la division des traités et ancien ambassadeur
M. Yamasu a rappelé que le gouvernement japonais avait lui-même désigné et présenté Mme Akane comme candidate aux fonctions de juge à la CPI, en raison de ses compétences reconnues de magistrate issue du ministère de la Justice. Il a souligné que les organisations internationales constituent des espaces d’affrontement d’intérêts étatiques, et qu’abandonner un représentant national reviendrait à dissuader de futurs fonctionnaires japonais de s’engager au niveau international.
La perspective historique et la défense de la primauté du droit
Abordant les critiques formulées par certains milieux conservateurs au Japon qui reprochent à la CPI d’avoir provoqué Washington, M. Yamasu a estimé que de tels arguments manquent de perspective historique et de vision géopolitique. Il a souligné que l’Allemagne, l’Italie et le Japon partagent une expérience commune en tant que nations vaincues, ce qui leur permet de mesurer pleinement la nécessité de la CPI.
Yamasu a également fait observer que le Japon et les États-Unis sont des alliés précisément parce que Washington défend la primauté du droit et les règles internationales. Selon lui, considérer qu’un État allié impose un silence absolu revient à distordre l’alliance bilatérale et à nourrir des frustrations internes.
Le rôle de la CPI et la diplomatie judiciaire du Japon
Malgré les limites institutionnelles de la CPI, qui dispose d’environ 900 employés permanents et dépend de la coopération des États membres pour l’exécution des mandats d’arrêt faute de forces de police propres, l’ancien diplomate insiste sur son utilité géopolitique. Contrairement au Conseil de sécurité de l’ONU, souvent paralysé par le veto des membres permanents, la CPI a pu émettre des mandats d’arrêt visant le président russe Vladimir Poutine ou des dirigeants du Hamas.
M. Yamasu a également rappelé l’importance de l’autre juridiction internationale présidée par un Japonais, la Cour internationale de justice (CIJ), où siège Yuji Iwasawa. Pour Tokyo, compter des ressortissants à la tête de ces deux hautes institutions de justice internationale constitue un fait marquant que la diplomatie japonaise devrait exploiter plus activement pour porter sa voix sur la scène mondiale.
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