La sécheresse au Kenya menace l’éducation et la survie des enfants, un avertissement pour l’Afrique de l’Est
Rhamu, Kenya – Amina Adan, 10 ans, a un choix déchirant à faire chaque matin avant l’aube : aller à l’école ou aider sa famille à chercher de l’eau. Dans le comté de Mandera, au Kenya, la sécheresse prolongée a transformé une simple corvée en une question de survie, forçant des enfants comme Amina à sacrifier leur éducation pour répondre aux besoins immédiats de leurs familles.
“Quand il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de nourriture, et il n’y a pas d’école”, explique Fatuma Adan, la mère d’Amina. “Les enfants doivent aider ; nous ne survivons pas à la journée autrement.”
L’histoire d’Amina est un reflet de la crise grandissante qui frappe les terres arides et semi-arides (ASAL) du Kenya. Des années de précipitations insuffisantes ont asséché les points d’eau, décimé les pâturages et mis en péril les moyens de subsistance des communautés pastorales. Selon l’Autorité nationale de gestion des sécheresses (NDMA) du Kenya, le comté de Mandera est en alerte, avec des pluies de courte durée d’octobre à décembre 2025 qui n’ont apporté que 30 à 60 % de la moyenne à long terme.
Une crise humanitaire en expansion
Les conséquences sont alarmantes. Plus de 2,15 millions de personnes dans les comtés ASAL du Kenya ont besoin d’une aide humanitaire urgente, et plus de 800 000 enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition aiguë. Les centres de traitement ambulatoires (OTP) signalent une augmentation des admissions, tandis que les familles épuisent leurs réserves alimentaires et la production laitière du bétail diminue.
La crise ne se limite pas au Kenya. L’ONU estime que près de 24 millions de personnes au Kenya, en Somalie et en Éthiopie sont confrontées à une grave insécurité hydrique. L’UNICEF met en garde contre le fait que 2,7 millions d’enfants dans la région sont déjà déscolarisés en raison du déplacement lié à la sécheresse, et que 4 millions supplémentaires sont à risque si les conditions persistent.
L’éducation, première victime
Les écoles sont en première ligne de cette crise. Dans le comté de Mandera Nord, les salles de classe se vident à mesure que les familles migrent à la recherche de pâturages et d’eau, emmenant leurs enfants avec elles. Ceux qui restent ont du mal à se concentrer, affaiblis par la faim et l’épuisement.
“Ces chocs climatiques ne sont plus des urgences ponctuelles”, souligne un responsable de l’éducation du comté de Mandera. “Ils sont structurels et façonnent la façon dont – ou si – les enfants grandissent, apprennent et prospèrent.”
Les responsables de l’éducation s’inquiètent particulièrement de l’impact sur les filles, qui sont souvent les premières à être retirées de l’école pour aider à la collecte de l’eau et aux tâches ménagères. Cette interruption de l’éducation a des conséquences à long terme, affaiblissant le capital humain, entravant la productivité économique et réduisant la capacité des communautés à s’adapter aux futurs chocs climatiques.
Un impact sur les Objectifs de développement durable
La sécheresse menace directement la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 2 (Faim zéro), l’ODD 3 (Bonne santé et bien-être), l’ODD 4 (Éducation de qualité) et l’ODD 6 (Eau propre et assainissement). Les progrès réalisés dans ces domaines sont en train d’être effacés par les effets dévastateurs de la sécheresse.
Des solutions intégrées pour une résilience accrue
Malgré la gravité de la situation, des initiatives locales montrent des résultats prometteurs. Des cliniques mobiles de santé et de nutrition, soutenues par les gouvernements des comtés et des organisations comme l’UNICEF et Save the Children, atteignent les familles nomades et déplacées. Des programmes de transferts monétaires permettent aux ménages de prioriser la nourriture, l’eau et les soins de santé. Des investissements dans la réhabilitation des puits et les infrastructures hydrauliques résilientes au climat contribuent à stabiliser l’accès à l’eau.
“Ces interventions fonctionnent mieux lorsqu’elles sont combinées”, explique un responsable de programme humanitaire. “La santé seule ne suffit pas. L’eau, la nourriture, le revenu et la protection doivent aller de pair.”
Un appel à une action durable
Cependant, des lacunes subsistent. Les cycles de financement sont souvent courts et les réponses restent largement réactives plutôt que préventives. Les responsables locaux soulignent la nécessité d’investir dans des moyens de subsistance résilients au climat, tels que l’agriculture résistante à la sécheresse, l’assurance du bétail et des sources de revenus alternatives.
Eunice Koech, experte en climat à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), met en garde : “La question n’est pas de savoir si la sécheresse reviendra. C’est de savoir si les systèmes seront suffisamment solides pour protéger les enfants quand elle le fera.”
Alors que la sécheresse continue de menacer l’enfance au Kenya et dans toute la Corne de l’Afrique, une action coordonnée et à long terme est essentielle pour protéger les progrès réalisés en matière de développement durable et garantir un avenir aux générations futures.
IPS UN Bureau Report
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