Rediscouverte d’Edmonia Lewis, sculpteuse oubliée, symbole d’une Amérique en mutation
NEW YORK (AP) – Longtemps reléguée aux marges de l’histoire de l’art américain, Edmonia Lewis, sculpteuse afro-américaine et amérindienne née en 1844, connaît un regain d’intérêt spectaculaire. Une vague d’érudits, d’artistes et d’institutions s’attachent à raviver la mémoire de cette pionnière, dont l’œuvre, profondément ancrée dans les réalités sociales de son époque, résonne avec une force nouvelle au XXIe siècle.
Lewis, née dans le comté de Green, dans l’état de New York, d’une mère amérindienne Chippewa et d’un père afro-américain libre, a surmonté des obstacles considérables pour s’imposer dans un milieu artistique dominé par les hommes et les Blancs. Elle a financé ses études à l’Oberlin College, l’une des premières institutions d’enseignement supérieur à admettre des femmes et des étudiants noirs, en vendant des médaillons et des sculptures en plâtre.
Son ascension a été rapide. Elle s’est installée à Rome en 1876, où elle a bénéficié du soutien de mécènes et a sculpté des œuvres remarquables, souvent inspirées de la mythologie grecque et romaine, mais imprégnées de thèmes liés à l’abolitionnisme et à la condition des Afro-Américains. Parmi ses œuvres les plus connues figurent “Forever Free” (1867), représentant un couple d’anciens esclaves libérés, et “The Death of Cleopatra” (1876), une sculpture saisissante qui témoigne de sa maîtrise technique et de sa sensibilité artistique.
Pourtant, après un succès initial, Lewis a progressivement sombré dans l’oubli. Les raisons de cette éclipse sont multiples : le racisme et le sexisme omniprésents dans le monde de l’art de l’époque, le manque de documentation exhaustive sur sa vie et son œuvre, et la difficulté pour les artistes noirs et amérindiens de se faire une place dans les musées et les collections privées.
“Edmonia Lewis a été effacée de l’histoire de l’art, non pas parce qu’elle manquait de talent, mais parce qu’elle ne correspondait pas au récit dominant”, explique Dr. Kirsten Pai Buick, professeure d’histoire de l’art à l’Université de New Mexico et auteure de plusieurs publications sur Lewis. “Elle était une femme, noire et amérindienne, qui osait créer des œuvres puissantes et politiquement engagées. Cela était inacceptable pour beaucoup à l’époque.”
Aujourd’hui, la situation change. Des expositions récentes, comme celle organisée par le Smithsonian American Art Museum en 2023, ont contribué à redonner à Lewis la place qu’elle mérite. Des chercheurs s’efforcent de reconstituer sa biographie et d’analyser son œuvre avec une nouvelle perspective. Des artistes contemporains s’inspirent de son travail pour créer des œuvres qui interrogent les questions de race, de genre et d’identité.
Un exemple frappant de cet engouement est le travail de l’artiste visuelle afro-américaine Simone Leigh, dont les sculptures monumentales, souvent inspirées de l’art africain et de la diaspora africaine, rappellent l’esthétique et l’engagement politique de Lewis. Leigh a notamment exposé au pavillon américain de la Biennale de Venise en 2022, attirant l’attention du public international sur la richesse et la diversité de l’art afro-américain.
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Le regain d’intérêt pour Edmonia Lewis s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de l’histoire de l’art et de reconnaissance de la contribution des artistes marginalisés. Selon une étude récente du National Endowment for the Arts, la représentation des artistes noirs et amérindiens dans les musées américains a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies, mais reste encore largement insuffisante.
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La redécouverte d’Edmonia Lewis est plus qu’une simple question d’histoire de l’art. C’est un acte de justice et de réparation, une façon de reconnaître la valeur et la dignité de ceux qui ont été injustement oubliés. Son histoire est un rappel poignant des défis auxquels sont confrontés les artistes issus de minorités et de la nécessité de lutter contre les inégalités et les discriminations dans le monde de l’art. Elle est un symbole de résilience et d’espoir, une source d’inspiration pour les générations futures.
