Schroders : pourquoi la vente aux États-Unis n’est pas une mauvaise nouvelle

Nuveen rachète Schroders pour 13,5 milliards de dollars : une vente à l’américaine qui pourrait profiter à la City

Londres – L’annonce du rachat de l’emblématique gestionnaire d’actifs britannique Schroders par l’américain Nuveen pour 13,5 milliards de dollars a suscité des inquiétudes quant à l’avenir de la place financière londonienne. Pourtant, l’histoire pourrait bien se révéler positive, à l’image de celle vécue par Barclays et BlackRock en 2009.

L’opération, qui devrait donner naissance à un géant de la gestion d’actifs de 2 500 milliards de dollars, est perçue par certains comme un nouveau coup porté à la souveraineté financière britannique. Mais l’exemple de Barclays Global Investors (BGI), vendu à BlackRock en pleine crise financière, offre une perspective différente.

En 2009, Barclays a cédé BGI pour 13,5 milliards de dollars afin de renforcer son bilan. Si cette vente a représenté une perte de 500 millions de livres sterling de bénéfices pré-impôts pour Barclays – soit 10% de son résultat total – elle a surtout permis à BlackRock de devenir un acteur majeur de la gestion d’actifs.

L’acquisition a doublé les actifs sous gestion de BlackRock à environ 3 000 milliards de dollars et a jeté les bases d’une croissance exponentielle. BlackRock est aujourd’hui le leader mondial des ETF (Exchange Traded Funds) avec près de 6 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion grâce à sa filiale iShares. Un succès qui, paradoxalement, a profité à la City de Londres.

BlackRock emploie aujourd’hui plus de 21 000 personnes, dont plus d’un quart au Royaume-Uni, contre 5 300 en 2008 et 3 700 héritées de BGI. Son siège européen, situé à Throgmorton Avenue, est un centre névralgique pour la fabrication et la négociation des ETF iShares vendus en Europe, en Asie et en Amérique latine.

La City de Londres a toujours prospéré grâce à son ouverture internationale. Schroders, avec ses racines remontant au 19ème siècle et à l’apport d’immigrants allemands, en est un parfait exemple.

Si le parallèle entre BGI et Schroders n’est pas parfait – Nuveen étant une entité mutualiste moins agressive que BlackRock en 2009, et Schroders misant sur la gestion active plutôt que sur l’innovation des ETF – l’opération souligne l’attractivité de la City comme lieu d’acquisition et de savoir-faire financier.

La nationalité des propriétaires importe peu. Ce qui compte, c’est la capacité de la place financière londonienne à attirer les investissements et à créer des emplois. L’histoire de BlackRock et BGI démontre que même une vente à un acquéreur étranger peut se traduire par une croissance et une prospérité accrues pour l’écosystème financier britannique.

Comme pour le tournoi de Wimbledon, qui continue d’attirer les meilleurs joueurs du monde même si les talents britanniques ne dominent pas toujours, la City de Londres reste un pôle d’attraction mondial, indépendamment de la nationalité des entreprises qui y opèrent.

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