La Cour suprême de Russie a exclu le parti libéral Yabloko des élections législatives de septembre, invalidant sa participation à la suite d’un recours du parti nationaliste Rodina. Cette décision prive le scrutin de la seule formation ouvertement pacifiste du pays, déclenchant des rassemblements de protestation à Moscou.
La décision de la Cour suprême et le recours du parti Rodina
La plus haute instance judiciaire de la Fédération de Russie a prononcé l’exclusion du parti historique d’opposition Yabloko de l’élection de la Douma d’État, prévue pour le mois de septembre. Cette décision survient après un recours formel déposé le 7 août par le parti nationaliste Rodina, qui contestait la lég S’appuyant sur des accusations de violations, le tribunal a validé l’intégralité des griefs formulés par les plaignants.
Le dossier a été examiné par le juge Vyacheslav Kirillov, une figure judiciaire déjà remarquée au printemps précédent pour avoir prononcé la dissolution et le statut d’organisation extrémiste de la Società Internazionale Memoriale. Selon les précisions apportées par l’agence de presse Tass, la sentence a été sans appel : le tribunal a indiqué que la demande de la partie Rodina était intégralement acceptée.
Les motifs d’exclusion et les accusations de financement extérieur
Pour obtenir l’éviction de ce concurrent politique, le parti Rodina a multiplié les griefs juridiques. Les accusations incluaient des infractions à la législation sur le droit d’auteur, des irrégularités dans la conduite de la campagne électorale ainsi que la promotion de l’extrémisme. S’y sont ajoutés des reproches concernant l’utilisation de réseaux sociaux interdits sur le territoire russe.

La motivation de la sentence s’est également appuyée sur l’origine des fonds du mouvement. Le parti pacifiste aurait ainsi Prende soldi da Usa e Germania (reçu de l’argent des États-Unis et d’Allemagne), selon les éléments retenus par la justice pour justifier l’interdiction de participation au scrutin. Le président de Yabloko, Nikolai Rybakov, a rejeté l’ensemble de ces accusations et a annoncé que sa formation politique interjetterait appel dans un délai de cinq jours.
Protestations publiques et interventions des forces de l’ordre à Moscou
L’annonce de l’exclusion a provoqué des rassemblements spontanés aux abords du tribunal à Moscou. Des centaines de personnes, composées en grande majorité d’adolescents et de jeunes adultes, se sont massées pour manifester leur soutien au parti libéral. En référence directe à la signification du mot Yabloko — qui se traduit par « pomme » en russe —, les manifestants ont consommé des pommes, scandé le nom de la formation et brandi des messages écrits sur du papier.

Des tensions ont éclaté au moment de la lecture du verdict, la foule entonnant des cris de Honte !. Si aucun mouvement d’arrestation massive n’a été recensé, la police anti-émeute est intervenue pour disperser les protestataires, interpellant deux jeunes femmes qui distribuaient des tracts et verbalisant un automobiliste qui diffusait une chanson du parti depuis son véhicule.
Un paysage politique verrouillé pour les élections de la Douma
Cette décision judiciaire bouleverse la configuration des élections législatives pour le renouvellement de la chambre basse du Parlement russe. Yabloko constituait le plus ancien parti libéral et pro-occidental du pays, se distinguant comme l’unique formation politique ouvertement opposée à l’offensive militaire en Ukraine.
Bien que la Commission électorale centrale eût initialement validé la candidature du parti, l’intervention de la Cour suprême vient contrecarrer ce feu vert préliminaire. Le scrutin de septembre se déroulera ainsi sans la participation de cette voix critique, dans un contexte institutionnel où l’opposition fait face à de strictes barrières réglementaires et à un contrôle étroit des espaces d’expression politique.
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