Ron Perlman : Du cri de guerre de Fallout à une nouvelle vision d’Hollywood
LOS ANGELES – Ron Perlman, l’acteur à la voix grave et au charisme brut, est de retour dans l’univers post-apocalyptique de Fallout, mais cette fois-ci, pas seulement par la voix. Son apparition dans la saison 2 de la série Amazon, adaptation du jeu vidéo culte, marque un retour aux sources pour l’acteur, dont la voix résonne depuis 1997 dans la franchise. Mais Perlman ne se contente pas de ressusciter un rôle iconique. À 75 ans, il est en pleine renaissance artistique, avec le lancement de son propre studio de production, ASYLM Studios, et une vision audacieuse pour l’avenir du cinéma.
L’histoire a commencé avec un simple appel d’un agent, une proposition de voix pour un jeu vidéo naissant. “Un gig est un gig, n’est-ce pas ?” confie Perlman avec un sourire. Quarante dollars et un sandwich plus tard, il prononçait la phrase qui allait devenir la signature de Fallout : “La guerre. La guerre ne change jamais.” Une phrase reprise, ironiquement, par Walton Goggins dans la saison 1 de la série, ce qui, selon Perlman, a donné lieu à “une petite bataille juridique”.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au fil des années, Perlman a continué à prêter sa voix à la franchise, témoignant de son succès grandissant. “Ils m’appelaient à chaque nouveau jeu, en me disant qu’ils n’avaient toujours pas d’argent”, se souvient-il avec amusement. Puis, l’annonce de la série Amazon. “J’attendais mon appel, me demandant pourquoi personne ne me contactait. J’étais furieux !”
Finalement, les showrunners Geneva Robertson-Dworet, Jonathan Nolan et Lisa Joy ont trouvé le rôle parfait pour Perlman : un personnage mystérieux, décrit par l’acteur comme un “Colonel Kurtz” de l’apocalypse. Un rôle qui lui permet de retrouver l’univers Fallout de manière tangible, et de donner une nouvelle dimension à la série.
L’engouement pour Fallout est indéniable. La série a captivé un large public, au-delà des fans du jeu vidéo, en explorant des thèmes universels comme la survie, la moralité et les conséquences de la destruction. Un succès qui, selon Perlman, est dû à la qualité de la production et à sa pertinence dans le contexte actuel. “C’est une dialectique importante sur la négligence envers notre civilisation et le prix à payer”, explique-t-il.
Mais Fallout n’est qu’une partie de l’équation. Perlman est également investi dans ASYLM Studios, un projet ambitieux qui vise à révolutionner le modèle de production hollywoodien. “Je suis 75 ans, je n’ai plus rien à perdre”, affirme-t-il. ASYLM Studios se veut une alternative aux studios traditionnels, où chaque membre de l’équipe, y compris les agents de nettoyage, est actionnaire. “Il n’y aura pas de barons de l’industrie qui s’enrichissent sur le dos des artistes”, promet Perlman.
L’objectif est clair : redonner le pouvoir aux créateurs et préserver l’art du cinéma. Perlman déplore la domination des plateformes de streaming et l’absence de films inspirés des grands réalisateurs du passé. “Personne ne peut faire un film de Frank Capra aujourd’hui”, regrette-t-il. Il cite Sullivan’s Travels et Le Parrain comme des exemples de chefs-d’œuvre intemporels.
L’acteur, qui a collaboré à plusieurs reprises avec Guillermo del Toro, dont dans The Shape of Water (Oscar du meilleur film en 2018), évoque également la possibilité d’un troisième volet de Hellboy. “J’étais prêt à remettre la combinaison en caoutchouc, même à 80 ans”, plaisante-t-il. Il insiste cependant sur le fait que seul un Hellboy 3 réalisé avec del Toro et l’équipe originale l’intéresse.
Au-delà de ses projets actuels, Perlman nourrit un rêve : incarner Tevye dans Un violon sur le toit. Et il n’hésite pas à le prouver, en improvisant une version endiablée de la chanson “Si j’étais un homme riche”.
Ron Perlman est un artiste engagé, un visionnaire et un homme passionné. Son parcours, de la voix off d’un jeu vidéo à la création de son propre studio, témoigne de sa détermination et de son amour pour le cinéma. Et à 75 ans, il est loin d’être prêt à raccrocher.
