La régulation bancaire mondiale au point mort : l’attente d’un nouveau souffle américain
par [Votre Nom]
WASHINGTON – La modernisation de la régulation bancaire mondiale est dans une impasse, plombée par des désaccords persistants et un manque d’ambition politique. Alors que les banques sont mieux capitalisées qu’il y a une décennie, les risques se déplacent vers le secteur des institutions financières non bancaires, et les efforts pour adapter les règles peinent à décoller.
L’Institut International des Finances (IIF), principal groupe de pression du secteur bancaire, appelle de son côté à un "programme de modernisation ciblé" pour la régulation bancaire mondiale. Mais l’implémentation de la réforme du marché des risques, connue sous le nom de Fundamental Review of the Trading Book (FRTB), est retardée : d’un an en Europe, de deux ans au Royaume-Uni, et potentiellement indéfiniment aux États-Unis. Certains experts estiment même que la FRTB elle-même nécessiterait une révision fondamentale.
Le problème, souligne l’IIF, est que plus de dix ans se sont écoulés depuis la dernière revue majeure de la régulation bancaire. Le système bancaire est aujourd’hui plus solide, mais les risques évoluent. Les banques sont confrontées à des coûts de capitaux élevés pour détenir les actifs dont le système a besoin, tandis que les transferts de risques synthétiques suscitent l’inquiétude du Comité de Bâle sur la surveillance bancaire.
La situation est d’autant plus complexe que les régulateurs peinent à s’accorder sur la terminologie des réformes précédentes. S’agit-il de Bâle IV, de Bâle 3.1, de la Finalisation de Bâle, ou de la fin du jeu de Bâle ? Le flou terminologique reflète un manque de consensus plus profond.
L’initiative des précédentes réformes majeures venait du G20, qui avait créé le Conseil de stabilité financière (CSF) pour coordonner les efforts. Or, le programme de travail actuel du CSF apparaît peu ambitieux, se concentrant sur des rapports, des symposiums, et des sujets d’actualité comme l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies.
Le CSF, bien que compétent, est largement tributaire des priorités fixées par le G20. Et c’est là que réside le principal obstacle. La présidence actuelle du G20, assurée par les États-Unis sous la direction du président Trump, met l’accent sur la croissance économique et la réduction des contraintes réglementaires.
Dans un communiqué publié par le Département d’État, l’administration Trump a déclaré qu’elle "prioriserait trois thèmes fondamentaux : libérer la prospérité économique en limitant les fardeaux réglementaires, débloquer des chaînes d’approvisionnement énergétiques abordables et sûrs, et faire progresser les nouvelles technologies et les innovations".
Cette orientation laisse entrevoir un possible compromis sur la régulation bancaire, mais sans réelle spécificité. En l’absence d’un leadership américain fort, la modernisation du système réglementaire mondial risque de rester lettre morte.
L’avenir de la régulation bancaire mondiale dépend donc de la volonté du G20, et plus particulièrement des États-Unis, de s’engager dans un dialogue constructif et de définir des priorités claires. Pour l’instant, l’attente est de mise.
