Raffinerie de Stanlow : enquête sur des dépassements de rejets toxiques

La raffinerie de Stanlow, exploitée par EET Fuels dans le Cheshire, a dépassé ses limites de rejets chimiques des centaines de fois entre 2023 et 2024. L’Agence pour l’environnement mène actuellement une enquête criminelle sur ces déversements, qui incluent du cyanure et du benzène dans les cours d’eau locaux et l’estuaire de la Mersey.

L’une des plus grandes raffineries de pétrole du Royaume-Uni a laissé s’échapper des substances toxiques dans les rivières locales et dans l’estuaire de la Mersey à de multiples reprises au cours des années 2023 et 2024. Ces manquements apparaissent dans des documents d’investigation obtenus par SourceMaterial, tandis que l’Agence pour l’environnement a confirmé examiner le dossier pour déterminer d’éventuelles infractions.

Les rejets de cyanure, de benzène et d’hydrocarbures dans l’estuaire de la Mersey

Située à Ellesmere Port, dans le Cheshire, la raffinerie de Stanlow transforme dix millions de tonnes de pétrole brut chaque année, ce qui représente environ 18 % du carburant routier du pays. L’exploitant du site, EET Fuels — anciennement connu sous le nom d’Essar et qui avait acquis la raffinerie auprès de Shell en 2011 pour un montant de 842m £ —, détient un permis l’autorisant à rejeter des quantités encadrées de pétrole et de produits chimiques.

Cependant, les rapports de l’Agence pour l’environnement indiquent que ces seuils autorisés ont été franchis des centaines de fois entre 2023 et 2024. Le régulateur a établi que ces dépassements répétés constituaient 58 infractions distinctes aux conditions du permis sur la période de deux ans. Les documents recensent des rejets de dioxyde de soufre dans l’atmosphère à des niveaux sept fois supérieurs aux limites, ainsi que des rejets de cyanure dans des cours d’eau comme la rivière Gowy à plus de huit fois le seuil autorisé, et des hydrocarbures à plus de treize fois le maximum permis.

Les rejets ont contaminé des cours d’eau tels que le Thornton Brook et la rivière Gowy, qui se jettent tous deux dans l’estuaire de la Mersey. Cette zone constitue un site d’intérêt scientifique particulier (SPSI) qui abrite des espèces menacées et sert de lieu de reproduction pour de nombreux oiseaux.

Charlotte Harris a déclaré selon la BBC que la fiducie de conservation Cheshire Wildlife Trust

Charlotte Harris a rappelé que la restauration de la faune locale, marquée par le retour du saumon atlantique et de l’anguille européenne menacée d’extinction, a nécessité des années de nettoyage des pollutions héritées de l’industrie historique.

Les incidents de juillet 2023 et de septembre 2024 face aux réponses de l’industriel

En juillet 2023, une fuite d’eaux pluviales contaminées par des hydrocarbures a provoqué un incident que l’Agence pour l’environnement a qualifié de significatif. De nombreux riverains ont signalé de fortes odeurs, et les investigations ont révélé que la nappe phréatique avait été touchée.

Un autre déversement d’hydrocarbures s’est produit le 12 septembre 2024.

Face à ces accusations, EET Fuels a défendu ses pratiques en affirmant que l’entreprise prend ses responsabilités environnementales extrêmement au sérieux et que ces dépassements historiques ne reflétaient en rien la gestion et la performance environnementale actuelles de la raffinerie. Concernant la fuite de 2023, la société a précisé que la perte d’hydrocarbures était à low scale et strictement localisée à deux forages à l’intérieur du site de Stanlow. L’entreprise a également souligné avoir investi plus de 24 millions de livres sterling dans les infrastructures majeures de traitement des eaux usées, ce qui aurait permis d’améliorer sa note de conformité auprès de l’Agence pour l’environnement, passant d’un niveau F en 2023 à un niveau E en 2024.

Les enquêtes des régulateurs et les divergences sur l’encadrement des rejets

L’Agence pour l’environnement poursuit actuellement une enquête criminelle distincte concernant les événements de septembre 2024, tandis qu’elle doit encore officialiser les suites données aux infractions de 2023. EET Fuels avait par ailleurs plaidé coupable plus tôt cette année pour 12 chefs d’accusation de violation de la législation environnementale commis entre 2018 et 2020.

De son côté, l’organisme Natural England avait ouvert sa propre investigation après l’incident de 2024 avant de l’abandonner. Des courriels internes ont révélé que cet organisme a estimé que le permis d’exploiter de Stanlow ne fixait aucune limite spécifique sur la quantité de pétrole pouvant être libérée par le trop-plein d’orage. Des associations comme River Action et la Cheshire Wildlife Trust ont vivement critiqué ces failles réglementaires.

Comme l’a déclaré Charlotte Harris selon Yahoo : « Ainsi, lorsqu’une entreprise a un tel impact sur une rivière, il est absolument vital qu’elle rende des comptes. Mais au-delà de cela, cela ne devrait même pas se produire au départ. »

James Wallace, directeur général de l’association River Action, a quant à lui estimé que ces documents traduisent une rétrogradation des incidents de pollution de la part des autorités de régulation.

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