Le capital-investissement face à sa crise logicielle : l’IA, un nouveau facteur de risque ?
NEW YORK – Le secteur du capital-investissement, longtemps à l’abri des turbulences économiques, est confronté à un nouveau défi : l’impact potentiellement déstabilisateur de l’intelligence artificielle (IA) sur ses investissements dans le secteur des logiciels. Après des années de croissance soutenue, alimentée par des acquisitions massives, le modèle économique de certaines firmes est remis en question.
L’ascension fulgurante de l’IA générative, illustrée par des modèles comme Claude Opus 4.5 d’Anthropic, a semé le doute quant à la pertinence de nombreux logiciels spécialisés, autrefois considérés comme des investissements sûrs. Les entreprises, confrontées à des outils d’IA capables d’automatiser des tâches complexes, remettent en question la nécessité d’acquérir des solutions logicielles coûteuses.
Un boom d’acquisitions suivi d’une inquiétude croissante
Au cours de la dernière décennie, le capital-investissement a massivement investi dans le secteur des logiciels, représentant jusqu’à 40% de l’activité globale de rachat d’entreprises, soit des trillions de dollars. Des acteurs majeurs comme Vista Equity Partners et Thoma Bravo ont dominé ce marché, en ciblant des entreprises de cybersécurité ou proposant des services à des niches industrielles spécifiques. Ces acquisitions, souvent financées par un crédit abondant, ont permis à ces fonds de générer des rendements exceptionnels.
Mais cette stratégie est désormais menacée. Les inquiétudes liées à l’IA ont entraîné une chute des valorisations des entreprises technologiques, rendant plus difficile la revente de ces actifs. Le contexte économique actuel, marqué par des taux d’intérêt élevés, complique encore davantage la situation.
“La technologie change va provoquer une dislocation massive sur le marché du crédit”, avertissait déjà Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management, l’année dernière, lors d’une conférence. “Je ne sais pas si cela concernera les logiciels d’entreprise, qui pourraient être bénéficiés ou détruits par cette évolution. En tant que prêteur, je ne suis pas sûr de vouloir prendre le risque de le découvrir.”
Des risques pour le crédit privé
Le secteur du crédit privé, qui a largement financé le boom des acquisitions de logiciels, est particulièrement vulnérable. Les logiciels représentent près d’un tiers des prêts accordés par ces fonds. Si l’IA s’avère être une menace significative pour la rentabilité de ces entreprises, les prêteurs pourraient subir des pertes importantes.
Un cadre financier, souhaitant rester anonyme, explique au Financial Times : “Tout le monde a une exposition importante aux logiciels dans ses fonds. L’idée est que les prêts ne seront affectés que si des sommes importantes sont effacées en capital. Mais si l’IA pose problème, le fait que les fonds de capital-investissement aient investi massivement dans des entreprises obsolètes ne sera pas d’une grande aide lors d’une restructuration.”
L’exemple de G.Network et les pensions britanniques
Les difficultés rencontrées par le fonds de pension britannique Universities Superannuation Scheme (USS) illustrent les risques liés aux investissements dans des entreprises privées. L’USS a subi des pertes importantes avec G.Network, un fournisseur de fibre optique, ainsi qu’avec Thames Water et Northvolt, un fabricant de batteries. Ces échecs soulèvent des questions sur la pertinence de la stratégie d’investissement du fonds, qui alloue environ un tiers de son portefeuille aux marchés privés.
Elliott Management, contre-pied et opportunités
Alors que certains investisseurs se retirent du secteur des logiciels, d’autres, comme le fonds activiste Elliott Management, voient une opportunité. Elliott a pris une participation significative dans London Stock Exchange Group (LSEG), encourageant le groupe à améliorer sa rentabilité et à explorer des options de restructuration. L’objectif est de valoriser pleinement le potentiel de LSEG, notamment en tirant parti des opportunités offertes par l’IA.
Un avenir incertain
L’avenir du capital-investissement dans le secteur des logiciels est incertain. L’IA représente à la fois une menace et une opportunité. Les fonds qui sauront s’adapter à cette nouvelle réalité, en investissant dans des entreprises innovantes et en adoptant une approche plus prudente en matière de valorisation, seront les mieux placés pour réussir.
À suivre :
- L’évolution des IPO technologiques : L’arrivée potentielle sur les marchés de géants comme SpaceX, OpenAI et Anthropic pourrait détourner les investissements des fonds de capital-investissement.
- La pression sur les fonds de crédit privé : Les fonds à capital variable, qui permettent aux investisseurs de retirer leurs fonds, sont particulièrement vulnérables à une crise dans le secteur des logiciels.
- Les stratégies d’adaptation des fonds de capital-investissement : Comment les fonds vont-ils réagir à l’impact de l’IA sur leurs portefeuilles ?
Lien vers un article du Wall Street Journal sur la fraude chez BlackRock :
