Espagne : Le Parti Populaire tâte le terrain auprès de Vox, mais l’alliance reste fragile
Madrid – Le Parti Populaire (PP), principal parti de l’opposition espagnole, multiplie les signes d’ouverture envers l’extrême droite de Vox, dans un contexte de blocages politiques croissants au niveau régional. Cette tentative de rapprochement, motivée par la nécessité de former des gouvernements stables, est toutefois accueillie avec scepticisme, voire ironie, par le camp de Santiago Abascal.
Depuis plusieurs mois, les négociations entre le PP et Vox sont au point mort dans plusieurs communautés autonomes, notamment en Extremadura et en Aragon. Les élections régionales successives ont laissé le PP en position de force, mais incapable de gouverner seul. Face à cette impasse, le leader du PP, Alberto Núñez Feijóo, et sa porte-parole parlementaire, Ester Muñoz, ont adopté un ton plus conciliant envers Vox, signalant une possible évolution de leur stratégie.
Le geste le plus récent est le soutien annoncé par Muñoz à une initiative parlementaire de Vox visant à interdire le port du burka et du niqab dans les lieux publics. Cette décision, justifiée par une position antérieure du PP sur la question, intervient alors que le parti conservateur cherche à trouver des points de convergence avec l’extrême droite. “Le Parti Populaire approuvera et soutiendra le débat sur cette question au Parlement”, a déclaré Muñoz, soulignant la nécessité pour les deux formations de “trouver un accord car la priorité n’est pas les partis, mais les Espagnols”.
Cependant, cette ouverture ne semble pas convaincre Vox, qui continue de critiquer le PP et de promouvoir son propre agenda. Sur le réseau social X (anciennement Twitter), le parti d’Abascal a partagé une interview de Feijóo dans El Mundo, tout en l’attaquant pour son approche de l’immigration. Un eurodéputé de Vox, Jorge Martín Frías, a également publié des statistiques sur les naturalisations, accompagnées d’une critique acerbe de la politique du PP en matière d’immigration.
Cette attitude témoigne des profondes divergences idéologiques qui persistent entre les deux partis. Vox, qui se positionne comme un défenseur intransigeant de l’identité nationale et de la lutte contre l’immigration, considère que le PP est trop modéré et hésitant.
L’initiative de la prohibition du burka, bien que présentée comme un geste d’ouverture, est également perçue comme une tentative de détourner l’attention des véritables enjeux politiques. En décembre dernier, le PP avait déjà déposé une proposition similaire au Parlement des Îles Baléares, mais celle-ci avait été rejetée en raison de son manque de soutien parlementaire.
La situation est également bloquée au niveau local. À Gijón, en Asturies, une initiative de Vox visant à interdire le burka dans les bâtiments municipaux avait été soutenue par les conseillers municipaux du PP, mais avait échoué en raison de l’opposition d’autres partis. La maire de Gijón avait alors souligné que cette mesure était illégale et contraire à la jurisprudence.
Le porte-parole de Vox en Extremadura, Óscar Fernández Calle, a ironisé sur le revirement du PP, rappelant que son parti était autrefois qualifié de “machiste, xénophobe et homophobe”. Il a également souligné que les propositions de Vox étaient considérées comme “hors de la loi” il y a encore quelques mois.
Ce bras de fer politique entre le PP et Vox illustre les difficultés croissantes de la droite espagnole à trouver une stratégie commune. Alors que les élections générales approchent, la question de savoir si une alliance entre les deux partis sera possible reste ouverte. L’issue de ces négociations aura un impact significatif sur l’avenir politique de l’Espagne.
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