METADONNÉES
Titre : Pakistan : Un sursaut économique menacé par les flammes du Moyen-Orient
Catégorie : Actualités / Économie Mondiale
Mots-clés : Pakistan, SBP, Macroéconomie, Inflation, Moyen-Orient, Changement Climatique, FMI
Auteur : Rédaction Nouvelles du Monde
Date : 13 mai 2026
Pakistan : Un sursaut économique menacé par les flammes du Moyen-Orient
ISLAMABAD – Le Pakistan traverse une phase paradoxale. Alors que les indicateurs macroéconomiques affichent une vigueur retrouvée pour la première fois depuis des années, l’ombre d’un conflit prolongé au Moyen-Orient menace de fragiliser ces acquis. C’est le constat nuancé dressé par la Banque d’État du Pakistan (SBP) dans son rapport semestriel 2025-26, publié ce mardi.
Un printemps économique inattendu
Pour tout observateur attentif, les chiffres du premier semestre de l’exercice fiscal 2026 (H1-FY26) sont frappants. Le pays a réussi l’exploit de redresser sa barre budgétaire : pour la première fois depuis 2002, le solde budgétaire est passé en territoire positif.
Cette embellie n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un cocktail de politiques monétaires prudentes, de réformes structurelles et du soutien crucial du programme du FMI. Le résultat est tangible :
- Croissance accélérée : Le PIB réel a progressé deux fois plus vite durant ce semestre que durant la même période l’an dernier.
- Inflation maîtrisée : L’indice national des prix à la consommation (NCPI) s’est stabilisé à une moyenne de 5,2 %, soit une baisse de deux points par rapport à l’année précédente.
- Réserves renforcées : Les achats de devises étrangères et les flux financiers nets ont permis de consolider les tampons externes du pays.
L’onde de choc régionale : le facteur risque
Toutefois, ce tableau optimiste est assombri par la guerre au Moyen-Orient. Pour la SBP, ce conflit n’est plus une simple variable externe, mais un risque « significatif » pour l’avenir économique.

L’instabilité régionale menace directement les chaînes d’approvisionnement, ce qui pourrait relancer l’inflation et perturber les flux de transferts de fonds des travailleurs pakistanais à l’étranger — une bouée de sauvetage essentielle pour combler le déficit commercial, notamment après la chute des exportations de riz.
En conséquence, la Banque centrale a revu ses ambitions. Si la croissance du PIB pour l’exercice 2026 était initialement prévue entre 3,75 % et 4,75 %, la SBP s’attend désormais à ce qu’elle se stabilise vers la borne inférieure de cette fourchette. Plus inquiétant encore, l’envolée des prix du pétrole pourrait maintenir l’inflation au-dessus de la cible de 5-7 % pour une grande partie de l’exercice 2027.
Au-delà des chiffres : le défi structurel et climatique
Le rapport de la SBP ne se contente pas d’une analyse conjoncturelle ; il lance un cri d’alarme sur la viabilité à long terme du modèle pakistanais. Pour sortir de cette instabilité chronique, le pays doit s’attaquer à des maux profonds : un taux d’imposition sur le PIB trop faible, une attractivité insuffisante pour les investissements directs étrangers (IDE) et une compétitivité déclinante.
L’urgence est également environnementale. Le rapport souligne une réalité brutale : bien que sa contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre soit minime, le Pakistan est le 15e pays le plus touché par les catastrophes climatiques au monde. Entre une faible préparation et un modèle de croissance fortement carboné, le pays se retrouve dans une vulnérabilité critique, alors que les financements internationaux pour l’adaptation restent largement insuffisants.
Un optimisme prudent
Malgré ces vents contraires, le gouverneur de la SBP, Jameel Ahmad, maintient un cap optimiste. Selon lui, l’économie pakistanaise est aujourd’hui mieux armée que lors des crises précédentes pour absorber les chocs régionaux.

Reste à savoir si cette résilience sera suffisante face à un conflit qui refuse de s’éteindre et un climat qui s’emballe. Pour le Pakistan, la route vers une croissance durable passe désormais par une discipline fiscale rigoureuse et une mutation profonde de son appareil productif.
Source : Rapport semestriel 2025-26 de la State Bank of Pakistan (SBP) / Dawn News.
