Les retards de paiement paralysent le secteur de la construction, la digitalisation s’impose comme solution
Par Antoine Dubois, Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com
Le secteur de la construction, pilier de l’économie mondiale, est confronté à une crise silencieuse : les retards de paiement. Un fléau qui, selon une étude récente de GetBuilt, affecte 70% des entreprises du secteur, des grands groupes aux petites sous-traitances. Ces retards ne sont pas simplement une question de trésorerie ; ils érodent la rentabilité, freinent la croissance et mettent en péril la stabilité de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
L’impact est domino. Les sous-traitants, souvent les premiers touchés, sont contraints de financer eux-mêmes l’achat de matériaux, une situation qui pèse lourdement sur leurs marges et augmente leur risque financier. Selon un rapport de Billd, 64% des sous-traitants subissent des retards de paiement de la part des entreprises générales, obligeant 75% d’entre eux à avancer les fonds nécessaires. Des situations désespérées qui se traduisent parfois par des recours en justice, comme l’illustre le cas de plusieurs sous-traitants à Nashville, Tennessee, qui ont interrompu leurs travaux en raison de factures impayées depuis plus de 120 jours, selon WSMV.
Un coût caché pour l’économie
Les conséquences financières dépassent largement les simples retards de chèques. L’inflation, les taux d’intérêt, les opportunités de croissance manquées… ces pressions cumulées affectent l’ensemble du secteur. PBMares estime que les retards de paiement affaiblissent la capacité des entreprises à gérer leurs coûts de fonctionnement et à investir dans l’avenir. 35% des entreprises ont même vu des projets annulés ou considérablement ralentis en raison de problèmes de financement, selon GetBuilt. Les fournisseurs, confrontés à des paiements tardifs, augmentent leurs prix, une hausse de 45% constatée par Billd, ce qui se répercute inévitablement sur le coût final des projets. Les entreprises, pour se protéger, augmentent leurs offres de 8% en moyenne, créant un cercle vicieux.
La digitalisation, une réponse structurelle
Face à cette situation, une solution s’impose : la digitalisation des paiements. L’adoption de plateformes B2B performantes, l’automatisation des processus et les partenariats stratégiques sont autant de pistes explorées par les acteurs du secteur. 76% des entreprises seraient prêtes à offrir des réductions en échange de paiements plus rapides, et 82% se disent ouvertes à l’utilisation de systèmes de paiement numériques, selon GetBuilt.
Des initiatives concrètes voient le jour. Billd, par exemple, a lancé un programme de paiement anticipé pour les sous-traitants, en partenariat avec des entreprises générales. Nuvei et Sage se sont associés pour moderniser les opérations de paiement, en automatisant la facturation et en offrant des transactions en temps réel. Rabbet, dans son rapport “State of Construction Finance 2025”, souligne l’importance de l’automatisation et de l’intelligence artificielle pour résoudre les problèmes de communication et d’inefficacité liés aux paiements.
Un changement de paradigme
La digitalisation ne se limite pas à une simple accélération des flux financiers. Elle renforce la confiance, améliore la transparence et permet une meilleure prévision de la trésorerie. 70% des promoteurs immobiliers considèrent que des paiements rapides et précis aux sous-traitants sont le moyen le plus efficace de prévenir les dépassements de coûts.
Pour réussir cette transition, il est essentiel de :
- Privilégier les systèmes de paiement rapides : adopter des plateformes numériques et proposer des incitations pour les paiements rapides.
- Automatiser les processus : réduire les tâches administratives et améliorer la précision des paiements.
- Investir dans des partenariats stratégiques : collaborer avec des fournisseurs de solutions de paiement et de technologie.
- Valoriser la réputation de paiement : une pratique transparente et rapide des paiements peut devenir un avantage concurrentiel.
Le secteur de la construction a l’opportunité de transformer les paiements d’une source de tension en un atout pour la croissance et la stabilité. En embrassant la digitalisation, il peut construire un avenir plus solide et plus prospère.
