Les comités d’enquête pointent du doigt une manipulation des listes de bénéficiaires à Gulu, tandis que des élus dénoncent des formulaires de souscription jugés frauduleux.
Le vaste plan de relance de l’élevage bovine en Ouganda se heurte à des turbulences administratives et politiques. Prévu pour redynamiser l’économie des régions touchées par des décennies de conflits, ce dispositif doté de milliards de shillings subit les foudres d’élus locaux et de représentants nationaux qui exigent des comptes sur la gestion des listes d’attribution.
Le Parlement découvre des anomalies et du favoritisme à Gulu
La mise en œuvre de la première phase du programme de repeuplement en bétail dans les sous-régions d’Acholi, de Lango et de Teso đã été passée au crible par la Commission parlementaire des affaires présidentielles. Menée par le député de la division Bardege-Layibi Martin Ojara Mapenduzi, cette instance a interpellé les dirigeants politiques et techniques de la ville de Gulu lors d’une réunion houleuse aux chambres du conseil municipal.
Les investigations ont mis en lumière des cas présumés de favoritisme, de népotisme et de corruption. Plusieurs responsables locaux ont été soupçonnés d’avoir introduit leurs propres noms, ainsi que ceux de leurs proches et conjoints, sur les registres officiels, écartant de fait les couches les plus vulnérables de la population.
Parmi les personnes prétendument lésées figurent des personnes âgées, des veuves, des mères célibataires, des anciens enlevés et rapatriés de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), ainsi que des citoyens en situation de handicap. La ville de Gulu avait pourtant reçu une allocation de Shs3.332 billion pour soutenir 667 foyers, bien que les services locaux aient affirmé que seuls 640 bénéficiaires avaient effectivement perçu les fonds au moment de l’évaluation.
Une controverse autour de formulaires de souscription jugés suspects
Parallèlement aux investigations menées à Gulu, la procédure de recensement et de validation suscite un tollé dans les comtés du nord. Le député du comté de Kilak, Gilbert Olanya, a déposé une plainte pour fraude visant plusieurs hauts fonctionnaires locaux, pointant du doigt les incohérences d’un formulaire distribué à grande échelle.
Selon les données rapportées par le journal The Monitor, plus de 10 000 personnes ont rempli ces documents dans le seul district d’Amuru, attestant faussement avoir reçu l’argent. Face à cette situation, le parlementaire exige l’annulation pure et simple des documents actuels et l’émission de nouveaux formulaires.
M. Gilbert Olanya, le député du comté de Kilak, a indiqué via monitor.co.ug qu’il s’agissait d’une manœuvre préméditée pour escroquer leur population, et il a souhaité que l’enquête déclare l’ancien formulaire invalide et que de nouveaux formulaires soient émis.
Interrogé sur ces dysfonctionnements, le greffier de la ville de Gulu, Innocent Ahimbisibwe, a reconnu l’existence de cette irrégularité avant d’affirmer qu’elle avait été corrigée et qu’une version actualisée du formulaire avait été diffusée. Des constats de terrain dans certaines localités ont toutefois montré que des formulaires obsolètes continuaient d’être distribués.
Répartition financière et critères stricts fixés par le gouvernement
Le projet de repeuplement trouve son origine dans une directive émise le 25 novembre par le président Yoweri Museveni au bureau du Premier ministre (OPM). L’objectif affiché est de reconstituer la richesse en bétail détruite par deux décennies d’insurrection, de déplacements de population et de vols de bétail, tout en améliorant les revenus des ménages dans les régions d’Acholi, de Lango et de Teso.
Pour l’exercice financier 2025-2026, l’État a injecté 80 milliards de shillings dans l’initiative. Le secrétaire permanent de l’OPM, Alex Kakooza, a précisé les modalités d’attribution dans une note adressée aux administrateurs municipaux et de districts.
M. Alex Kakooza, le secrétaire permanent de l’OPM, a indiqué via monitor.co.ug que les fonds seraient affectés de manière égale entre les trois sous-régions (Acholi, Lango et Teso) et partagés équitablement.
Chaque ménage éligible se voit attribuer une enveloppe de 5 millions de shillings, destinée exclusivement à l’achat de trois génisses et de deux taureaux. Les directives officielles stipulent que la priorité doit être accordée aux foyers les plus vulnérables, à condition qu’ils ne bénéficient pas d’autres programmes de l’État tels que Naads, Emyooga ou PDM, et qu’ils possèdent un numéro d’identification nationale (NIN).
| Sous-région | Allocation financière |
|---|---|
| Lango | Shs28.486b |
| Teso | Shs24.211b |
| Acholi | Shs23.3b |
Malgré ces garde-fous administratifs, la persistance d’anomalies de versement — attribuées par endroits à des erreurs de coordonnées téléphoniques selon le responsable local Alfred Opio — maintient la pression sur les autorités locales. Les parlementaires rappellent qu’un renforcement de la participation communautaire et de la transparence sera indispensable pour sécuriser la deuxième tranche du financement public, estimée à 100 milliards de shillings pour l’exercice 2026-2027.
À ne pas manquer