Notre histoire. (1553) Assiégée par l’amiral Doria, la citadelle de Saint-Florent défendue par Giordano Orsini sous pavillon français

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Bombardée, la place de Saint-Florent est forcée de se rendre par manque de vivres. Doria reprend Bastia puis Corte. Les Génois reconquièrent le terrain perdu au cours de batailles sans merci, sans aboutir à une victoire décisive

Le 17 novembre 1553, les galères d’Andrea Doria arrivent devant Saint-Florent, place forte tenue depuis l’été par les Français sous le commandement du commandant Paule de Termes. C’est le début d’un siège qui s’inscrit dans le cadre de la guerre dite « française » où la Corse est l’enjeu stratégique d’un conflit entre les Génois soutenus par Cosimo 1est Duc de Florence, et de l’autre une coalition franco-turque où Sampiero entraîne les Corses avec l’espoir de chasser les Génois de l’île.

Depuis le mois d’août, Bastia, Ajaccio et Bonifacio sont tombées aux mains des Français, mais la forteresse de Calvi reste génoise. Le siège de Saint-Florent marque le début d’une guerre sans concession qui durera six ans, laissant la Corse exsangue.

« Dès l’arrivée des navires génois, Paule de Termes charge Giordano Orsini du commandement de la forteresse de Saint-Florent. » (1) Bataille singulière, car ces deux chefs ennemis, Orsini et Doria, se connaissent bien, étant tous deux italiens et ayant combattu ensemble contre les Barbares ! Gouverneur de Pise puis ambassadeur à Turin au nom des Médicis, Giordano Orsini mène l’assaut du nid corsaire de Monastir en Tunisie, puis en 1550 contre le bastion du pirate Dragut. En 1551, il se met au service du roi Henri II de France. « Lors de l’occupation de la Corse par les Français (1553-1559), le gouverneur de Corse, Paule de Termes, le nomma gouverneur de Saint-Florent. Puis il succéda à celui-ci en 1555 avec le titre de lieutenant général : il était chargé des affaires militaires, mais aussi de l’administration de l’île. » (2)

C’est donc un chef de guerre doublé d’un administrateur qui est chargé d’organiser la lutte contre le redoutable amiral Andrea Doria, 85 ans. “Personne n’a mieux compris qu’André Doria la nécessité d’une action vigoureuse.” Aussi, malgré son âge, accepte-t-il d’être nommé, par la République, capitaine général de l’expédition de Corse. Au cours de l’hiver 1553, il revint de Naples à Gênes et assista à une messe solennelle à San Lorenzo, où l’étendard de guerre lui fut remis. » (3) Mais la République ne disposant que de faibles moyens pour lutter contre le Roi de France, Doria plaide auprès de Charles Quint l’intérêt de repousser les Français, qui constituent une menace sur le commerce de son empire. Doria reçoit donc un appui de taille avec les galères impériales et 8 000 fantassins dotés d’une forte artillerie. Cosme de Médicis – dont le père était un ami de Sampiero – vient renforcer le dispositif.

« Giordano Orsini se barricade dans la forteresse avec 1 200 fantassins dont les deux tiers sont des Gascons et un tiers des Italiens. Orsini se défend courageusement. Le 28 novembre, il se débarrasse de toutes ”les bouches inutiles”, pour économiser les réserves, très limitées. » (4)

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Sampiero blessé « Paix armée » de Vaucelles

Doria bombarde les remparts et décide d’affamer la garnison, qui sera ravitaillée par quelques hardis paysans traversant de nuit un marais impraticable. Mais Doria, découvrant la combine, fait construire un ouvrage privant les assiégés de secours. Le 23 novembre, l’amiral met le siège devant Bastia dont la garnison, retirée dans la citadelle, doit capituler.

Cependant à Saint-Florent, les assiégeants sont frappés par la malaria. “Si Thermes avait connu l’état de l’armée de l’Amiral, il l’aurait facilement détruite.” Doria était sur le point de réembarquer son artillerie et ses troupes, désespérant de pouvoir les sauver s’il était attaqué. »(5) Dans la citadelle, où il n’y a plus ni farine, ni vin, on attend en vain des renforts. Le 9 février 1554, Giordano Orsini engage des pourparlers avec les Génois à bord de la galère amirale, en vue d’une reddition honorable. « Giordano Orsini demande à rencontrer personnellement Doria le 16 février à bord de sa galère. Durant une heure entière, il reste en tête à tête avec Doria, essayant en vain d’adoucir les conditions de la capitulation. » (6)

Le 17 février, la forteresse de Saint-Florent est restituée aux Génois avec toute son artillerie et ses munitions. Dans une lettre au duc de Montmorency, Orsini explique « qu’il a fait tout ce qu’il était possible de faire pour sauver les gens, le drapeau et les armes, » et « qu’il servira le roi de France ailleurs ». En fait, Orsini retourna en Corse en mars 1555, débarquant à Ajaccio en tant que lieutenant général de Corse.

Cependant, deux ans après la prise de Bastia et de Bonifacio par Sampiero et les Franco-Turcs, la guerre s’étend à l’île sans camp criant victoire. Calvi reste sous domination génoise malgré un nouveau siège en août 1555. Orsini justifiera son échec auprès d’Henri II par un manque d’artillerie.

La question se pose désormais du statut de la Corse, l’île étant occupée par deux belligérants à la fois. Giordano Orsini envoie sa secrétaire au tribunal pour soulever la question.

Car les Génois ne desserrent pas leur étreinte, bien au contraire. Doria met la main sur les biens des vaincus, sans même en informer les magistrats de l’Office Saint-Georges. « Après avoir pris San Fiorenzo, André Doria a donné du repos à ses troupes. Il les cantonna mais ne put éviter de fréquentes escarmouches avec les Français et les Corses qui harcelaient les soldats. Dans un match, Sampiero a été blessé. En mai 1554, André Doria reçoit de nombreux renforts, retourne à la campagne et marche vers Corte. Il prit la place malgré la garnison que de Thermes y avait introduite, et au bout de quelques jours il s’empara du château. » (7)

Encouragé par ce succès, Doria veut pousser sur Ajaccio, mais un imprévu le retient. « La flotte ottomane avait paru sur les côtes de l’Italie, et il lui fallut, sur ordre de l’Empereur, abandonner la Corse pour veiller avec ses galères à la sécurité de la Péninsule. » (8)

Par ailleurs, Sampiero gagne à la cause du roi Henri II nombre de Corses, de sorte qu’à la fin de l’année 1554, les Génois étaient contraints de s’enfermer dans « la Bastia », Calvi et Saint-Florent. Mais le système politique échafaudé par Charles Quint est en train de s’effondrer. L’Empereur renonce aux Pays-Bas et à l’Espagne, et signe avant d’abdiquer en 1556 la trêve de Vaucelles avec Henri II, mettant un terme provisoire à la guerre franco-espagnole.

Une « paix armée » s’installe en Corse. Lors d’entretiens à l’abbaye de Vaucelles, près de Cambrai, « Les plénipotentiaires d’Henri II, en position de force grâce au soutien du pape Paul IV hostile aux Habsbourg, refusèrent la restitution de l’île et des autres territoires détenus par les armées royales… » (9)

Mais en 1559 le traité de Cateau-Cambrésis obligera Henri II à céder la Corse aux Génois. Une satisfaction pour Doria, mort à Gênes en 1560. Une amère déception pour Sampiero.

Storia Nostra, notre chronique historique, chaque vendredi dans Settimana

(1, 2, 4, 6) Ekaterina Guerassimova. Giordano Orsini Gouverneur du Roi de France en Corse. Etudes Corses N°77 Albiana.
(3, 5, 7, 8) Edouard Petit. André Doria. Un amiral condottiere au XVIe siècle. Paris 1887.
(9) M. Vergé-Franceschi. AM Graziani. Sampiero était un mercenaire européen au 16ème siècle.

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