Face à l’explosion des coûts et à la raréfaction des munitions de pointe face aux drones, l’industrie navale de défense française opère une mutation stratégique majeure. Présentée au salon Euronaval 2026, cette transition s’articule autour de la modularité des équipements, de la conteneurisation et du lancement d’un pacte étatique pour structurer la filière.
La multiplication des conflits récents en mer Rouge et au Moyen-Orient a mis en lumière un déséquilibre économique et tactique majeur pour les marines occidentales. L’utilisation de missiles sophistiqués pour neutraliser des drones low-cost engendre une raréfaction rapide des stocks de munitions haut de gamme, indispensables pour faire face à des menaces de haute intensité.
Le coût asymétrique des munitions face à la menace des drones
L’équation financière et logistique à laquelle font face les forces armées impose de repenser l’emploi des effecteurs à bord des bâtiments de combat. On ne peut pas se permettre de tirer un missile Aster sur tous les types de drones parce qu’au bout d’un moment, il n’en restera plus pour abattre un missile hypervéloce qui arrivera sur nos bateaux
, explique Stephan Meunier, directeur marketing de Naval Group. Qualifiant cette pratique de marteau pilon pour écraser une mouche
, le constructeur naval français cherche à adapter les réponses aux menaces par strates.

Pour répondre à ce défi dans le champ proche de six à huit kilomètres, Naval Group a développé en deux ans la tourelle Rampart, actuellement en phase de tests, qui permet d’embarquer quatre modules de munitions identiques ou différentes. De son côté, la Direction générale de l’armement a conçu sa propre munition navale télé-opérée baptisée Smoker, pensée pour une production en série à bas coût.
La modularité industrielle et le concept de conteneurisation
L’adaptation des flottes passe également par une flexibilité accrue des équipements embarqués, un modèle inspiré de la modularité industrielle. Chez Thales, tout ce que nous avons livré au cours des 40 dernières années peut désormais aussi être fourni sous forme de solutions conteneurisées
, indique Jan Dekker, responsable pour la capacité modulaire maritime du groupe. Ces conteneurs présentés lors du salon Euronaval accueillent des capteurs, des brouilleurs, des canons ou des missiles. Si vous dites: +j’ai une mission de lutte contre les mines pendant trois mois, mais au trimestre suivant je veux faire de la police maritime+, vous pouvez retirer un conteneur et en installer un autre
, détaille-t-il.
Cette approche hybride répond aux interrogations des marines partenaires. Toutes les marines présentes ici nous interrogent sur l’hybridité, c’est-à-dire comment est-ce que le combat collaboratif s’exerce entre les navires avec équipage et les navires sans équipage
, souligne Pierre Éric Pommellet, PDG de Naval Group et président d’Euronaval.
Catherine Vautrin signe le pacte drones navals
Pour structurer cet écosystème, Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, a signé le 3 novembre 2026 à Euronaval le pacte drones navals de défense, ainsi que le rapporte le ministère des Armées. Piloté par la DGA avec le soutien du GICAN (Groupement des industries de construction et d’activités navales), ce pacte associe l’État-major des Armées et la Marine nationale pour aligner les besoins opérationnels et la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD).

Ce forum d’échange s’inscrit dans le cadre du programme à effet majeur (PEM) « drones navals » lancé en juin 2026. Selon la Revue économique de France, le premier incrément prévoit une mise en réalisation portant sur les drones d’endurance et l’industrialsation de la munition Smoker, sous la direction de Muriel, directrice du segment de management drones et activités sous-marines à la DGA. Un second incrément, prévu pour 2028, intégrera le drone de surface autonome DANAÉ et un système de commandement et de contrôle (C2).
Naval Group développe le drone sous-marin UCUV
Sur le plan sous-marin, l’Agence de l’innovation de défense (AID) et Naval Group ont officialisé le 3 novembre 2026 un accord pour la réalisation d’un démonstrateur de drone sous-marin de grande taille (XL-UUV), baptisé UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), dont les essais en mer débuteront en 2028, d’après Mer et Marine et Theatrum Belli.

L’UCUV pourra remplir des missions de surveillance, de reconnaissance, de tir de torpilles via un volet éjectable à l’avant, ou de mouillage de mines grâce à une soute à colis. Il sera doté du système d’autonomie décisionnelle contrôlée Steeris OB, un logiciel développé par Naval Group qui lui permettra d’adapter sa trajectoire en temps réel dans des zones où les communications sont limitées.
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