Nashville : La tempête de verglas révèle la fragilité d’une scène musicale emblématique
Nashville, Tennessee – La tempête hivernale Fern, qui a frappé Nashville fin janvier, a laissé plus de 230 000 clients de Nashville Electric Service sans électricité, parfois pendant près de deux semaines, alors que les températures plongeaient sous zéro. Au-delà des désagréments pour les habitants, cette crise a mis en lumière la vulnérabilité de la communauté musicale de Nashville, un pilier économique et culturel de la ville.
L’impact immédiat s’est traduit par l’annulation de concerts, notamment celui de la légende de la country Marty Stuart, contraint de reporter sa tournée suite à une fracture du poignet causée par une chute sur le verglas. De nombreux lieux de musique, en particulier ceux situés en dehors du centre-ville où les lignes électriques sont aériennes et les arbres plus nombreux, ont dû fermer leurs portes. Mais les conséquences les plus profondes, et les plus durables, sont apparues avec la fonte du verglas.
Pour les musiciens professionnels, la priorité était de protéger leurs instruments. Les instruments à cordes, en particulier ceux en bois comme les guitares acoustiques et les violons, ainsi que les pianos, sont extrêmement sensibles aux variations de température et d’humidité. Le bois peut se fendre, le vernis se craqueler, et le son des instruments peut être altéré de manière irréversible.
Manuel A. Delgado, de Delgado Guitars, une maison de fabrication et de réparation de guitares centenaire située à East Nashville, explique : « C’est comme un saignement de nez en hiver. Le bois se dessèche aussi. »
Joe Denim, chanteur-compositeur et humoriste ayant tourné avec Toby Keith et Kenny Chesney, a envoyé sa famille à l’hôtel tout en restant chez lui pendant huit jours pour alimenter des générateurs et protéger son piano à queue récemment accordé et d’autres instruments. Ironiquement, il était censé jouer un concert en Illinois avec Vanilla Ice.
D’autres musiciens ont pris des mesures similaires. Glen Pangle, propriétaire du Sid Gold’s Request Room, un bar à piano de East Nashville, a dormi dans son établissement, entouré de radiateurs d’appoint pour protéger son piano, véritable outil de travail. Merna Lewis a multiplié les allers-retours entre son domicile et la maison d’un ami, transportant ses violons et mandolines par petites touches, tout en détunant ceux qu’elle laissait derrière elle pour minimiser les risques de rupture.
La situation a également engendré des problèmes de sécurité. Sans électricité ni connexion internet, les systèmes d’alarme étaient hors service, et certains musiciens, comme Russell DuFresne, récemment arrivé à Nashville, ont été victimes de vols. Il a perdu neuf guitares vintage, une perte qu’il tente de surmonter grâce à une collecte de fonds en ligne. https://www.gofundme.com/f/support-needed-to-replace-stolen-vintage-guitars?lang=en_US
La crise a également mis en évidence la précarité financière de nombreux musiciens indépendants, qui ne sont pas rémunérés lorsqu’ils ne peuvent pas travailler. Le DRKMTTR Collective, un lieu de musique à but non lucratif de East Nashville, a lancé une campagne de financement participatif après avoir été contraint d’annuler des spectacles, récoltant plus de 14 000 dollars, dont un don de 10 000 dollars. https://givebutter.com/drkmttrstormrelief?utm_source=ig&utm_medium=social&utm_content=link_in_bio&fbclid=PAZXh0bgNhZW0CMTEAc3J0YwZhcHBfaWQMMjU2MjgxMDQwNTU4AAGnRkQ6GH9-y_gB2jzv8BltvulFbouF3Jvzwp4EgSKmOqv0SUhiSX9EfJDH3qQ_aem_iYSFVJ9mVBxjGGHHRwVixw
D’autres clubs, comme le 5 Spot, ont mis en place des « Support Pass » permettant aux fans de prépayer des billets pour des concerts futurs. La situation financière de ces établissements est jugée « très précaire ».
Alors que les événements climatiques extrêmes se multiplient, la question de la résilience de la scène musicale de Nashville se pose avec acuité. Olive Scibelli, co-directrice du DRKMTTR Collective, souligne que « la santé de ces espaces artistiques signifie qu’ils sont à une catastrophe naturelle de la fermeture ». La tempête de verglas a révélé une fragilité qui nécessite une réflexion profonde et des solutions durables pour assurer la pérennité de ce patrimoine culturel unique. Le coût des réparations, même mineures, s’accumule, sans compter la perte de revenus due à l’annulation des concerts. La communauté musicale de Nashville, comme beaucoup d’autres à travers le monde, est confrontée à un avenir incertain, où la survie dépendra de sa capacité à s’adapter et à se soutenir mutuellement.
