L’oxyde nitreux, ou “gaz hilarant”, inquiète les communautés néo-zélandaises : une consommation récréative en hausse chez les jeunes
HAWKE’S BAY, Nouvelle-Zélande – Une augmentation significative de l’utilisation récréative de l’oxyde nitreux, communément appelé “gaz hilarant” ou “nangs”, suscite de vives préoccupations en Nouvelle-Zélande. Des responsables communautaires tirent la sonnette d’alarme face à la commercialisation de grosses cartouches de gaz, apparemment destinées à un public adolescent.
L’oxyde nitreux est un gaz incolore utilisé comme analgésique en médecine dentaire et hospitalière. Il est également employé dans l’industrie agroalimentaire pour la fabrication de crème fouettée. Cependant, son inhalation à des fins récréatives peut entraîner de graves effets secondaires à long terme, notamment des lésions nerveuses au niveau du cerveau et de la moelle épinière.
La situation a atteint un point critique dans la région de Hawke’s Bay, où des dizaines de cartouches vides ont été découvertes ces dernières semaines. Cette accumulation a conduit à l’organisation d’une réunion de crise, initiée par Stewart Whyte, de Te Taiwhenua o Heretaunga.
“Nous avons été alertés par un détaillant spécialisé dans les bouteilles d’oxygène pour la plongée, qui avait collecté un nombre important de bacs à pommes remplis de cartouches vides en peu de temps”, explique Whyte. Il souligne que les cartouches retrouvées, d’une capacité pouvant atteindre 1,6 litre (comparable à celle d’un thermos), sont commercialisées de manière attrayante pour les jeunes, avec des couleurs vives et un conditionnement qui ne rappelle en rien les utilisations industrielles.
Contrairement à l’oxyde nitreux de qualité médicale, qui est mélangé à de l’oxygène, ces cartouches contiennent du gaz pur, ce qui augmente considérablement les risques pour la santé. Whyte estime qu’une seule cartouche peut contenir jusqu’à 300 “doses”.
La préoccupation principale est que l’ampleur du problème soit sous-estimée. “Il semble que cela passe inaperçu depuis un certain temps. L’utilisation de cette substance a clairement augmenté, comme en témoignent les cartouches vides retrouvées par cette entreprise”, affirme Whyte.
Les effets secondaires potentiels de l’oxyde nitreux sont alarmants : dommages au système nerveux, pertes de conscience prolongées, et même des accidents de la route. Des études ont établi un lien entre la consommation de “nangs” et des décès sur les routes néo-zélandaises.
“Les impacts sont déjà visibles : des personnes grièvement blessées, des lésions nerveuses, des pertes de conscience de 30 minutes ou plus”, déplore Whyte. “Il est crucial d’informer la communauté sur les dangers de ces produits, qui sont actuellement facilement accessibles dans les commerces de détail, avec peu de réglementation pour protéger les jeunes.”
Face à cette situation, les responsables communautaires ont adopté une approche en deux volets : sensibilisation du public et dialogue avec les détaillants. L’objectif est d’informer les jeunes et leurs familles sur les risques liés à l’oxyde nitreux, et de convaincre les commerçants de cesser de vendre ces produits.
Une proposition de modification de la législation est également envisagée, visant à interdire la vente d’oxyde nitreux dans les commerces de proximité et les boutiques de vapotage, et à la limiter aux établissements agréés dans le secteur de la restauration.
“Il n’y a aucune raison que ces produits soient vendus dans une épicerie”, insiste Whyte. La priorité absolue reste la sensibilisation du public, une initiative qui semble déjà porter ses fruits.
La législation actuelle, la Psychoactive Substances Act, interdit la vente d’oxyde nitreux à des fins récréatives, mais son application semble insuffisante pour endiguer le phénomène. Les autorités néo-zélandaises sont appelées à renforcer la réglementation et à intensifier les efforts de prévention pour protéger la jeunesse face à ce danger croissant.
