Musée Mauritshuis : Un Soldat Réintégré dans un Tableau de Pieter de Hooch

Une figure de soldat, autrefois effacée pour des raisons restées mystérieuses, a retrouvé sa place sur la toile du XVIIe siècle peinte par Pieter de Hooch et conservée au musée Mauritshuis à La Haye, transformant radicalement l’interprétation morale de la scène de genre initiale.

L’œuvre originale, réalisée entre 1658 et 1660 par le maître néerlandais Pieter de Hooch (1629–1679), a fait l’objet d’importants travaux de conservation et de restauration au musée Mauritshuis de La Haye, selon les informations rapportées par le portail Art Newspaper et relayées par Rtvslo. Avant ces interventions menées par les conservatrices-restauratrices Sabrina Meloni et Abbie Vandivere, le tableau était connu sous le titre de L’homme à la pipe et la femme buvant dans une cour, en raison des seules figures visibles à l’avant-plan.

Une composition modifiée et un soldat réintégré au musée Mauritshuis

Les historiens de l’art et les spécialistes savaient depuis longtemps que la composition initiale différait de l’état présenté ces dernières décennies. La comparaison avec une autre version de la même composition, conservée à la National Gallery of Art à Washington sous le titre Nizozemsko dvorišče za mizo (Une cour hollandaise avec une table), montrait clairement qu’un troisième personnage — un soldat assis en arrière-plan — figurait à l’origine sur la toile. La disposition de la scène avec deux figures manquait de clarté visuelle, confirmant l’hypothèse d’une altération ultérieure.

Pour rétablir l’équilibre esthétique de l’œuvre, les restauratrices Sabrina Meloni et Abbie Vandivere ont opté pour une technique réversible respectueuse des altérations temporelles. Sabrina Meloni a ainsi expliqué, selon les propos recueillis par le musée Mauritshuis, qu’au cours des 360 dernières années, les pigments du tableau s’étaient partiellement estompés et qu’il avait par conséquent été décidé de privilégier une représentation du soldat plus sobre et moins détaillée afin de lui permettre de mieux s’intégrer à la toile.

Un changement de titre et une dimension moraliste affirmée

À la suite de cette restauration, le tableau a été rebaptisé Figure na dvorišču (Figures dans une cour). Cette réintégration modifie l’interprétation d’ensemble de la peinture. D’après Judith Niessen, cheffe des collections et de la recherche au musée Mauritshuis, l’absence du soldat rendait le moment anodin, montrant simplement une femme inclinant un verre de bière.

Judith Niessen, cheffe des collections et de la recherche au musée Mauritshuis, a indiqué qu’auparavant, la femme se contentait de pencher son verre de bière, alors qu’il apparaît désormais beaucoup plus clairement qu’il s’agit d’un jeu à boire où la femme boit dans un verre que l’on se passe, contrairement à l’homme, ajoutant que le ton de l’image est à présent nettement plus moraliste, ce qui était l’intention initiale de Pieter de Hooch.

Ces accents moralistes s’inscrivent dans la tradition de la peinture néerlandaise depuis la Renaissance, combinant chez le spectateur le jugement critique et la fascination pour la transgression morale.

Un mystère persistant sur l’effacement de la figure

Malgré des recherches approfondies menées par l’institution muséale, la date exacte et les motifs de la suppression du soldat demeurent inconnus. L’analyse des archives montre que le catalogue de la John Smith Gallery à Londres, publié en 1833, ne mentionne déjà plus la présence du soldat dans sa description de la toile.

Les experts s’accordent toutefois pour affirmer que cette modification n’est pas le fait de Pieter de Hooch lui-même, mais qu’elle a probablement été commanditée par un propriétaire ultérieur. Parmi les hypothèses évoquées figurent le déclin de la présence régulière des soldats dans la société de l’époque ou une simple aversion du commanditaire pour ce type de personnage.

Actif à Delft au XVIIe siècle, Pieter de Hooch appartenait à la guilde de Saint-Luc, à l’instar de son contemporain Johannes Vermeer. Si Vermeer jouit aujourd’hui d’une renommée internationale bien supérieure, De Hooch a quant à lui conservé une solide réputation au cours du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, période durant laquelle l’œuvre de Vermeer était largement tombée dans l’oubli.

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