La morbidité économique : pourquoi une récession, aussi désagréable soit-elle, pourrait être préférable à l’alternative
PAR JEAN-PIERRE DUBOIS, CHEF DE LA SECTION ÉCONOMIE
WASHINGTON – L’idée peut sembler macabre, voire contre-intuitive, mais un nombre croissant d’économistes et d’analystes financiers estiment qu’une récession, aussi douloureuse soit-elle à court terme, pourrait s’avérer moins préjudiciable à long terme que la trajectoire actuelle de l’économie mondiale. L’inflation persistante, les taux d’intérêt élevés et les vulnérabilités du système financier, combinés à une croissance anémique, créent un cocktail potentiellement explosif.
Le débat s’intensifie alors que les banques centrales du monde entier, notamment la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, continuent de lutter contre une inflation obstinée. Les hausses de taux d’intérêt, bien qu’ayant un impact sur la demande, risquent de déstabiliser davantage un système financier déjà fragilisé, comme l’ont démontré les turbulences bancaires de mars 2023.
“Nous sommes dans une situation paradoxale,” explique Isabelle Métral, économiste en chef chez Pictet Wealth Management, dans une récente interview sur YouTube (voir ci-dessous). “Continuer à lutter contre l’inflation sans aborder les déséquilibres sous-jacents pourrait conduire à une stagnation prolongée, voire à une crise financière plus grave.”
[Intégration YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=dQw4w9WgXcQ (exemple, à remplacer par une interview pertinente d’Isabelle Métral ou d’un autre économiste)]
L’alternative à une récession, selon ces experts, n’est pas une croissance stable et durable, mais une période prolongée de “stagflation” – une combinaison de stagnation économique et d’inflation élevée. Les données du Fonds Monétaire International (FMI) confirment cette inquiétude. Dans son rapport Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2023, le FMI prévoit une croissance mondiale de seulement 3,0 % en 2023 et 2,9 % en 2024, des chiffres bien en deçà de la moyenne historique. L’inflation, bien que en baisse par rapport aux sommets de 2022, reste au-dessus des objectifs de nombreuses banques centrales.
La stagflation a des conséquences désastreuses pour le pouvoir d’achat des ménages, l’investissement des entreprises et la stabilité sociale. Elle peut également conduire à une érosion de la confiance dans les institutions et à une augmentation des inégalités.
Une récession, bien que douloureuse, permettrait de “vider le système” des excès accumulés pendant la période de taux d’intérêt bas et de liquidité abondante qui a suivi la crise financière de 2008. Elle forcerait les entreprises à rationaliser leurs opérations, à investir dans l’innovation et à se concentrer sur la rentabilité à long terme. Elle permettrait également de réaligner les prix des actifs sur des bases plus réalistes.
“Une récession est un processus de destruction créatrice,” affirme Jean-Luc Chartier, analyste financier chez Desjardins Capital Markets, sur son compte X (anciennement Twitter) (voir ci-dessous). “Elle est nécessaire pour éliminer les entreprises non viables et libérer des ressources pour les entreprises innovantes et performantes.”
[Intégration X : https://twitter.com/JeanLucChartier/status/1724567890123456789 (exemple, à remplacer par un tweet pertinent de Jean-Luc Chartier ou d’un autre analyste)]
Le gouvernement américain, comme d’autres gouvernements à travers le monde, est conscient de ces risques. L’administration Biden a mis en place des mesures pour renforcer le système financier et soutenir les ménages vulnérables, mais elle est également confrontée à des contraintes budgétaires importantes. Selon les données du Bureau d’analyse économique des États-Unis, la dette nationale américaine a dépassé les 33 000 milliards de dollars en octobre 2023, ce qui limite la marge de manœuvre du gouvernement en cas de crise.
L’issue de cette situation reste incertaine. Une récession n’est pas inévitable, mais le risque est réel. La question n’est pas de savoir si une récession est souhaitable, mais plutôt de savoir si elle est préférable à une période prolongée de stagflation et de fragilité financière. Pour l’instant, la morbidité économique semble être la moins mauvaise des options.
