Meta mise sur AMD pour 60 milliards de dollars de puces IA, secouant le marché
PARIS – Meta, la société mère de Facebook, a conclu un accord colossal avec Advanced Micro Devices (AMD) pour l’acquisition de 60 milliards de dollars de puces d’intelligence artificielle sur cinq ans, un partenariat qui pourrait redéfinir la dynamique du secteur des semi-conducteurs. L’annonce, faite mardi, a propulsé les actions d’AMD de 8%, signalant un changement majeur dans la course à la domination de l’IA.
Jusqu’à présent, Nvidia régnait en maître sur le marché des processeurs graphiques (GPU) pour l’IA, alimentant les centres de données des géants du numérique. La décision de Meta de s’associer à AMD, en plus d’un accord récent avec Nvidia pour des millions de GPU, marque la fin de la dépendance à un seul fournisseur.
"Nous sommes fiers d’étendre notre partenariat stratégique avec Meta alors qu’ils repoussent les limites de l’IA à une échelle sans précédent", a déclaré Lisa Su, PDG d’AMD. L’accord comprendra des GPU Instinct MI450 personnalisés et des processeurs EPYC de 6e génération "Venice", déployés à partir du second semestre 2026.
Mark Zuckerberg, PDG de Meta, a souligné l’importance de la diversification : "Nous sommes ravis de former un partenariat à long terme avec AMD pour déployer un calcul d’inférence efficace et offrir une superintelligence personnelle. C’est une étape importante pour Meta alors que nous diversifions notre puissance de calcul."
L’enjeu est de taille : six gigawatts de capacité, soit la consommation énergétique de six millions de foyers, seront dédiés aux puces AMD. Ce n’est pas un simple test, mais un engagement total de Meta envers un second fournisseur de GPU.
Un marché en pleine expansion
L’accord intervient à un moment où les dépenses en IA explosent. Meta prévoit un investissement en capital de 115 à 135 milliards de dollars en 2026, lui permettant d’honorer ses engagements envers AMD et Nvidia.
Ce qui distingue particulièrement l’accord avec AMD, c’est la personnalisation des GPU pour les modèles Llama de Meta. Selon l’analyste technologique Patrick Bajarin, Nvidia n’offre pas ce niveau de personnalisation. Cette différenciation pourrait inciter d’autres entreprises à se tourner vers AMD.
Jean Hu, directrice financière d’AMD, a affirmé que ce partenariat générera une croissance significative des revenus sur plusieurs années et améliorera les bénéfices par action. Les résultats du quatrième trimestre 2025 d’AMD, avec un chiffre d’affaires de 10,27 milliards de dollars (en hausse de 34%), confirment cette trajectoire positive.
Des actions à surveiller
L’accord inclut également un warrant de performance permettant à Meta d’acquérir jusqu’à 160 millions d’actions AMD, représentant une dilution potentielle d’environ 10%. Cependant, cette dilution ne se concrétisera que si Meta atteint des objectifs de livraison de GPU et si le cours de l’action AMD atteint certains seuils.
Les analystes prévoient que la part de marché d’AMD dans le secteur des accélérateurs d’IA passera d’environ 9% en 2025 à plus de 15% fin 2026. Si Meta parvient à migrer avec succès ses modèles Llama 4 et Llama 5 vers l’écosystème logiciel ROCm d’AMD, cela pourrait encourager d’autres géants du numérique, tels que Microsoft et Alphabet, à suivre le mouvement.
Cinq actions à surveiller dans le sillage de cette tendance :
- Advanced Micro Devices (AMD) : Le principal bénéficiaire direct, avec un potentiel de hausse de 31% selon les analystes.
- Nvidia (NVDA) : La stratégie de diversification de Meta valide le marché global, offrant des opportunités pour Nvidia également.
- Broadcom : Bénéficiaire secondaire grâce à son activité de puces IA personnalisées pour les hyperscalers.
- Marvell : Fournisseur de solutions de réseau et de silicium personnalisées pour les centres de données, profitant de l’expansion de l’IA.
- iShares Semiconductor ETF (SMH) : Un ETF diversifié offrant une exposition à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’IA.
Risques et perspectives
Le principal risque réside dans la dilution potentielle des actions AMD si l’entreprise ne parvient pas à atteindre ses objectifs. Les incertitudes macroéconomiques, notamment les tarifs douaniers potentiels sur les composants fabriqués par TSMC, pourraient également peser sur le secteur.
Cependant, l’accord AMD-Meta représente un changement structurel, pas une simple tendance cyclique. Meta ne s’engagerait pas sur un investissement de 6 gigawatts sans une vision à long terme. L’avenir de l’IA semble donc se dessiner avec une concurrence accrue et une diversification des fournisseurs, au bénéfice de l’innovation et de la croissance.
À surveiller :
- Les résultats du quatrième trimestre 2026 de Nvidia, le 25 février, pour évaluer la demande continue d’IA.
- Les premières livraisons de MI450 d’AMD au second semestre 2026, qui valideront la technologie et le partenariat avec Meta.
- Le discours sur l’état de l’Union du président Trump, le 24 février, pour toute indication sur la politique commerciale et les incitations à la relocalisation de la production de semi-conducteurs.
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