Home DivertissementMère cachée : l’enquête d’une journaliste sur les secrets de sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale

Mère cachée : l’enquête d’une journaliste sur les secrets de sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale

L’incroyable histoire de Hela, une mère, une espionne, une survivante : le documentaire qui révèle un passé caché

NEW YORK – Marisa Fox a grandi bercée par les récits audacieux de sa mère, Hela, une femme qui se présentait comme une héroïne de la résistance juive en Palestine dans les années 1940. Des histoires de sabotage, d’espionnage et de courage face à l’armée britannique. Mais au fil des années, l’enfant a commencé à remarquer des incohérences, des dates qui ne collaient pas, des détails flous. Un mystère familial qui a germé pendant des décennies, jusqu’à éclore dans un documentaire poignant intitulé My Underground Mother.

Le film, réalisé et écrit par Fox elle-même, est le fruit de quinze années de recherches acharnées à travers le monde. Une quête pour démêler la vérité derrière les souvenirs de sa mère, décédée en 1993, et découvrir l’identité cachée qu’elle avait si soigneusement protégée.

“Elle était toujours nerveuse à l’idée que je sois regardée par des hommes,” confie Fox, assise dans son appartement new-yorkais, les traits du visage de sa mère se reflétant dans les siens. “Elle voulait me protéger, mais d’une manière qui dépassait la protection maternelle classique. Je ne comprenais pas.”

La clé de ce mystère a été trouvée de manière inattendue, lors d’une conversation avec sa grand-tante, affaiblie par la démence. “Ta mère avait une identité secrète,” a murmuré la vieille dame, avant d’ajouter, sombrement : “Tu n’aimeras pas ce que tu vas découvrir.”

Ce que Fox a découvert est bien plus complexe et tragique que les récits d’héroïsme de sa mère. Hela n’était pas une adolescente de 13 ans en Palestine au début de la Seconde Guerre mondiale, comme elle l’affirmait. Elle avait en réalité 14 ans lorsqu’elle a été déportée dans le camp de travail forcé de Gabersdorf, en Pologne, en 1942. Sa véritable date de naissance, son nom, et toute son existence avant la guerre avaient été effacés, remplacés par une nouvelle identité, une nouvelle histoire.

Gabersdorf, un camp peu connu de l’histoire de la Shoah, était un lieu de souffrance indicible. Des centaines de jeunes filles juives y étaient exploitées par les nazis, forcées de travailler dans des conditions inhumaines pour financer l’effort de guerre. Fox a retrouvé d’anciennes détenues du camp, disséminées aux quatre coins du monde – Suède, Australie, États-Unis, Israël – et a recueilli leurs témoignages bouleversants.

“Chaque fois que j’apprenais l’existence d’une survivante, je prenais le premier avion,” explique Fox. “Il n’y avait pas de temps à perdre. La plupart de ces femmes avaient plus de 80 ans, et elles nous quittaient les unes après les autres.”

Depuis le début du tournage, toutes sauf trois des femmes interviewées sont décédées, soulignant l’urgence de préserver ces mémoires.

Le documentaire révèle également un aspect sombre et troublant de la vie à Gabersdorf : les relations sexuelles entre les jeunes filles et les prisonniers de guerre britanniques, puis avec les SS. Un journal tenu par les détenues, auquel Hela a contribué, témoigne de ces liaisons complexes, parfois forcées, parfois motivées par un désir de survie ou de rébellion.

“Ce n’était pas le journal d’Anne Frank,” ironise Fox dans le film, soulignant la réalité brutale et dénuée d’innocence de la vie à Gabersdorf.

Après la guerre, Hela a rejoint un mouvement insurrectionnel en Palestine, participant à la lutte pour la création de l’État d’Israël. Une période qu’elle glorifiait, mais qui, selon Fox, pourrait être qualifiée de terrorisme.

En émigrant aux États-Unis dans les années 1950, Hela a cherché à enterrer son passé, à se reconstruire une vie loin des traumatismes de la guerre et de la clandestinité. Elle a épousé, fondé une famille, et n’a jamais révélé la vérité à son mari ni à ses enfants.

Pourquoi ce silence ? Fox y voit un mélange de honte, de peur et de désir de ne pas être perçue comme une victime. “Elle ne voulait pas être définie par son passé,” explique Fox. “Elle voulait être vue comme une femme forte, indépendante, qui avait surmonté les épreuves.”

Le documentaire soulève des questions importantes sur la mémoire, le secret familial, et le poids du passé. Il interroge également la notion de survie et les compromis auxquels les victimes de la guerre sont parfois contraintes de recourir.

My Underground Mother est un témoignage poignant sur la résilience humaine, la complexité de l’identité, et la nécessité de confronter les vérités cachées, même les plus douloureuses. Un film qui résonne particulièrement à une époque où la mémoire de la Shoah est menacée par le négationnisme et l’oubli.

Pour en savoir plus sur la Shoah et les camps de travail forcé, vous pouvez consulter les ressources suivantes :

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