Le premier ministre Mark Carney réunit des investisseurs mondiaux à Toronto pour un sommet de deux jours visant à mobiliser mille milliards de dollars. Alors que le Canada fait face à des tensions commerciales avec les États-Unis, des dirigeants économiques et des projets d’envergure cherchent à stimuler la productivité et la croissance du pays.
Des centaines d’investisseurs de premier plan sont arrivés à Toronto à l’occasion du Sommet canadien de l’investissement, un événement sans précédent destiné à attirer des capitaux pour financer de grands projets à travers le pays. Dirigé par le premier ministre Mark Carney, le rassemblement intervient dans un climat marqué par les pressions de la politique tarifaire américaine, incitant Ottawa à diversifier ses partenariats économiques et à démontrer la solidité financière du marché canadien.
Une liste d’invités prestigieuse et des milliards en jeu
L’événement rassemble une centaine de grands gestionnaires de fonds, de chefs d’entreprise et de dirigeants de fonds souverains internationaux. Parmi les personnalités attendues figurent Larry Fink, président de BlackRock Inc., ainsi que Dilhan Pillay, directeur général de Temasek, aux côtés de représentants des fonds de pension de la Norvège et d’Abou Dabi.
Jeremy Kronick, président et chef de la direction de l’Institut C.D. Howe, a indiqué qu’il s’agit essentiellement d’un véritable bottin mondain du milieu de l’investissement.
L’objectif affiché du sommet est de stimuler un total de 1 000 milliards de dollars en investissements au cours des cinq prochaines années. Pour clore les discussions, l’ancien premier ministre Stephen Harper prononcera le discours de fin de programme à la demande de l’exécutif fédéral, soulignant la volonté de bâtir un front uni face aux barrières douanières imposées par l’administration américaine.
Des projets d’infrastructure et d’énergie au cœur du prospectus
Un document officiel de 66 pages présente aux investisseurs 167 projets majeurs répartis dans plusieurs secteurs stratégiques. Plus de la moitié de ces initiatives concernent l’énergie et l’exploitation minière, reflétant les priorités économiques actuelles du pays.
Parmi les chantiers les plus coûteux et les plus en vue de la liste figurent un projet de pipeline de 35-billion de dollars reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique, l’expansion de l’infrastructure du port de Churchill au Manitoba évaluée à environ 79-billion de dollars, ainsi que le terminal de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims sur la côte britanno-colombienne, estimé à 28.5-billion de dollars.

Les dirigeants provinciaux se sont également déplacés pour défendre leurs intérêts régionaux. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a souligné l’attractivité de sa province auprès de délégations venues notamment du Koweït, de la Malaisie, des Pays-Bas, de Singapour, du Qatar, de la Norvège, du Japon et de l’Australie. De son côté, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, présente une liste de 34 projets, tandis que le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, met en avant les secteurs énergétiques et agricoles de sa province. Au Nouveau-Brunswick, la première ministre Susan Holt défend l’agrandissement d’un port, la construction d’un centre de données à Lorneville et la prolongation de la durée de vie de la centrale de Mactaquac.
Défis réglementaires et perspectives de croissance économique
Malgré les atouts du pays, les investisseurs internationaux ont souvent pointé du doigt la lenteur des approbations et la complexité des règles en vigueur. Un rapport récent de l’Institut CPP Investment Insights, cité par la CBC, indique que si le Canada se classe favorablement en matière de stabilité et de prédictibilité réglementaire, les délais d’obtention des permis demeurent une préoccupation majeure pour le secteur minier et énergétique.

Mahmood Nanji, chercheur associé à la Ivey Business School de l’Université Western, rappelle que le manque d’investissements des entreprises constitue le talon d’Achille de l’économie canadienne depuis deux décennies, ce qui pèse directement sur la productivité. Pour inverser cette tendance, des analystes estiment que la tenue de ce sommet représente un changement de ton bienvenu.
Si ces démarches aboutissent, les retombées pourraient s’avérer considérables. Selon des prévisions de la Banque TD, une concrétisation de ces investissements pourrait déclencher un supercycle capable d’accroître la production réelle par habitant de 12 000 dollars par personne sur une période d’une décennie ou plus.
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