Margot Frank, l’aînée oubliée, aurait eu 100 ans
Amsterdam, Pays-Bas – Le 16 février, Margot Betti Frank aurait célébré son centième anniversaire. Trop souvent éclipsée par la renommée de sa sœur cadette, Anne, Margot était une jeune femme discrète, studieuse et sportive, dont la vie a été tragiquement interrompue par la persécution nazie. Son histoire, longtemps reléguée au second plan, est aujourd’hui mise en lumière par la Maison Anne Frank et d’autres initiatives commémoratives.
Née à Francfort en 1926, Margot grandit dans une famille juive aisée. L’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 força les Frank à émigrer aux Pays-Bas, où Otto Frank, son père, ouvrit une filiale d’une entreprise allemande spécialisée dans la pectine. Margot, alors âgée de sept ans, s’adapta rapidement à sa nouvelle vie, excellant à l’école et se distinguant par son application. Ses professeurs la décrivaient comme une élève modèle.
Au fil des années, Margot développa une passion pour les mathématiques, la natation et le rame. Elle aspirait à devenir sage-femme et à émigrer en Palestine. En 1940, elle entama une correspondance avec Betty Ann Wagner, une jeune Américaine de son âge, partageant ses espoirs et ses craintes face à la montée des tensions en Europe. Cette correspondance s’interrompit brutalement en mai 1940, avec l’invasion des Pays-Bas par les nazis.
La vie de Margot bascula avec l’imposition de mesures antisémites de plus en plus restrictives. Elle fut contrainte de quitter son école et de fréquenter un établissement réservé aux élèves juifs. En juillet 1942, elle reçut une convocation de la Gestapo, un prétexte pour la déporter vers un camp de travail. Face à cette menace imminente, la famille Frank se cacha dans l’« Annexe », un appartement secret situé derrière les locaux de l’entreprise d’Otto Frank, à Amsterdam.
Pendant plus de deux ans, Margot, sa famille et quatre autres personnes vécurent dans la clandestinité, confinées dans un espace restreint. Anne Frank a immortalisé cette période dans son célèbre journal, où elle décrit sa relation avec sa sœur aînée. Si Anne se présentait souvent comme plus extravertie et rebelle, elle reconnaissait la sagesse, la gentillesse et l’intelligence naturelle de Margot. “Elle est bonne, gentille et intelligente par nature”, écrivait-elle.
La vie dans l’Annexe était difficile, mais Margot continua à étudier, préparant son avenir avec détermination. Elle s’intéressait à la religion, à la médecine et à de nombreuses autres disciplines. Elle entretenait également une amitié sincère avec Jetteke Frijda, qui la décrivait comme “sereine, intelligente et modeste”.
Le 4 août 1944, l’Annexe fut perquisitionnée par la police nazie. Les huit personnes qui s’y cachaient furent arrêtées et déportées vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Margot et Anne furent ensuite transférées au camp de Bergen-Belsen, dans le nord de l’Allemagne, où elles succombèrent au typhus en février ou mars 1945, quelques semaines avant la libération du camp par les troupes britanniques.
La mémoire de Margot Frank, longtemps éclipsée par celle de sa sœur, est aujourd’hui honorée par la Maison Anne Frank, qui lui consacre une nouvelle page web et une petite exposition. L’organisation a également publié des photographies inédites de Margot, notamment des clichés la montrant heureuse avec ses coéquipières de rame en 1941.
L’histoire de Margot Frank est un rappel poignant des conséquences tragiques de l’antisémitisme et de l’importance de se souvenir des victimes de l’Holocauste. Elle incarne la résilience, l’espoir et la soif de connaissance, même dans les circonstances les plus sombres. Son centenaire est une occasion de lui rendre hommage et de perpétuer sa mémoire.
[Lien vers la page web dédiée à Margot Frank sur le site de la Maison Anne Frank : https://margot100.annefrank.org/#/ ]
[Lien vers un article de El País sur le cas Anne Frank : https://elpais.com/cultura/2022-01-25/el-caso-ana-frank-sigue-abierto-todas-las-hipotesis-sobre-la-traicion-a-la-autora-del-famoso-diario.html ]
