Madrid renonce à un musée Robert Capa, au profit d’un centre pour jeunes, suscitant l’indignation
Madrid, Espagne – Un projet de musée dédié au photojournaliste Robert Capa et à la mémoire des bombardements de la guerre civile espagnole à Madrid est remis en question. La municipalité, désormais dirigée par une coalition conservatrice, a annoncé qu’elle transformerait l’immeuble historique de la rue Peironcely 10, immortalisé par Capa en 1936, en un centre d’expérimentation culturelle pour les jeunes, suscitant une vive controverse.
La photographie de Capa, montrant trois enfants assis sur un trottoir dévasté devant l’immeuble, est devenue un symbole poignant des souffrances civiles pendant la guerre civile espagnole. Elle a contribué à mobiliser le soutien international à la cause républicaine. L’immeuble lui-même, situé dans le quartier populaire de Vallecas, abritait des familles vivant dans des conditions précaires jusqu’à leur relogement il y a quelques années.
Un collectif de défenseurs, "Save Peironcely 10", s’était battu pendant des années pour la préservation du bâtiment et sa transformation en un lieu de mémoire dédié à Capa et aux victimes des bombardements. Leur projet, soutenu par l’administration municipale précédente, prévoyait un espace commémoratif et éducatif.
Le changement de cap a provoqué l’indignation des défenseurs du projet et des institutions internationales. L’International Center of Photography (ICP), gardien de l’héritage de Capa, a menacé de refuser l’autorisation d’utiliser le nom du photographe pour le nouveau centre, estimant que celui-ci ne respecte pas l’esprit du projet initial. Dans une lettre adressée à la municipalité, l’ICP a souligné que Peironcely 10 est un "site d’importance historique universelle" et que toute tentative d’association du nom de Capa à un projet non approuvé par "Save Peironcely 10" manquerait de "soutien international et de légitimité institutionnelle".
Le Capa House museum de Leipzig, en Allemagne, qui abrite une autre photographie emblématique de Capa, a également exprimé son désaccord, soulignant le potentiel unique de ce lieu pour promouvoir la paix et la coopération internationale.
La municipalité justifie sa décision en affirmant que le nouveau centre pour jeunes répondra à un besoin social urgent et offrira aux jeunes défavorisés des opportunités de développement personnel et d’expression créative. Un espace sera néanmoins dédié à l’histoire du bâtiment et à la photographie de Capa.
José María Uría, de la Fundación Anastasio de Gracia, qui a coordonné les efforts du collectif "Save Peironcely 10", dénonce un manque de transparence et un revirement soudain de la municipalité. Il accuse la nouvelle équipe dirigeante du département de la culture d’agir de manière "opaque" et de ne pas consulter les parties prenantes.
Le collectif propose désormais de confier la gestion du centre à un organisme municipal dédié à l’histoire de Madrid, ou de trouver un autre lieu pour le centre pour jeunes, afin de permettre la réalisation du projet initial de musée Capa à Peironcely 10.
L’avenir de l’immeuble et de la mémoire de Robert Capa à Madrid reste incertain. L’affaire souligne les tensions entre la préservation du patrimoine historique et les priorités sociales et politiques changeantes.
