Le procès de Lucy Letby relancé : une infirmière néonatale condamnée pour meurtres, mais l’innocence est-elle possible ?
Chester, Royaume-Uni – L’affaire de Lucy Letby, l’infirmière néonatale britannique condamnée en 2023 pour le meurtre de sept bébés et la tentative de meurtre de sept autres, continue de susciter la controverse. Un nouveau documentaire Netflix, The Investigation of Lucy Letby, et un article approfondi du New Yorker ont ravivé le débat sur sa culpabilité, soulevant des questions troublantes sur les preuves et les circonstances entourant le procès.
Letby, née le 4 janvier 1990, a obtenu un diplôme en soins infirmiers pédiatriques à l’Université de Chester et a commencé à travailler à l’unité néonatale du Countess of Chester Hospital. Initialement perçue comme une infirmière compétente et discrète, sa carrière a basculé en 2015, lorsque des décès inexpliqués de bébés ont commencé à se multiplier dans le service.
Entre juin 2015 et juin 2016, neuf bébés sont décédés dans des circonstances suspectes. Le nombre est monté à treize l’année suivante. Le Dr John Gibbs, consultant pédiatre à la retraite, se souvient n’avoir jamais vu une telle situation en 21 ans de carrière. “C’était quelque chose d’inédit”, a-t-il déclaré.
L’enquête a rapidement pointé du doigt Letby, la seule infirmière présente lors de chaque décès suspect. Bien que son manager ait initialement défendu sa compétence, elle a été mutée des quarts de nuit vers des postes de jour, ce qui a entraîné une diminution temporaire des décès. Cependant, les incidents ont repris lorsque Letby a été affectée à des quarts de jour, un élément qui a alimenté les soupçons.
En 2018, la police a arrêté Letby et a découvert chez elle une collection de fiches de suivi confidentielles concernant les bébés décédés, classées par ordre chronologique. Elle a affirmé les avoir emportées par inadvertance. En 2020, elle a été inculpée de huit meurtres et de dix tentatives de meurtre.
Le procès, qui a débuté en octobre 2022, a présenté des preuves accablantes, notamment des témoignages de médecins et de parents endeuillés. L’accusation a affirmé que Letby avait intentionnellement nui aux bébés en retirant des tubes respiratoires, en les suralimentant ou en injectant de l’air dans leurs veines. Des notes manuscrites retrouvées chez elle, contenant des phrases telles que “Je les ai tués” et “Je suis maléfique”, ont été présentées comme des aveux.
Le 18 août 2023, Lucy Letby a été reconnue coupable et condamnée à la prison à vie. L’affaire a choqué le Royaume-Uni et a fait d’elle l’une des tueuses en série féminines les plus prolifiques du pays.
Un nouveau regard sur les preuves
Cependant, le documentaire Netflix et l’enquête du New Yorker, signée Rachel Aviv, ont mis en lumière des failles potentielles dans l’enquête et le procès. Mark McDonald, un avocat spécialisé en droit pénal qui représente désormais Letby, remet en question l’absence de motif, de preuves vidéo et de témoins directs. Il souligne également que les notes manuscrites pourraient être l’expression d’une détresse émotionnelle plutôt qu’un aveu de culpabilité, Letby ayant été encouragée à écrire ses sentiments dans le cadre d’une thérapie.
L’article du New Yorker suggère que les problèmes pourraient résider dans le fonctionnement même de l’unité néonatale du Countess of Chester Hospital. Selon cette analyse, Letby était souvent chargée des bébés les plus gravement malades, ce qui rendait statistiquement plus probable qu’elle soit présente lors de décès. De plus, la réduction du taux de mortalité après sa mutation pourrait être due à une baisse de la gravité des cas pris en charge par l’unité, qui avait été déclassée.
Des experts remettent en question les conclusions médicales
L’enquête a également porté sur le rôle du Dr. Evans, un expert médical dont les témoignages ont été cruciaux pour la condamnation de Letby. McDonald a révélé qu’un juge supérieur, non impliqué dans le procès, avait mis en garde contre le manque d’objectivité de Dr. Evans.
Plus troublant encore, McDonald a contacté le Professeur Shoo Lee, l’auteur original des recherches sur les embolies gazeuses utilisées par Dr. Evans pour étayer ses conclusions. Le Professeur Lee a examiné les preuves et a conclu que les observations médicales ne correspondaient pas à un diagnostic d’embolie gazeuse, mais plutôt à un manque d’oxygène. Il a rassemblé un panel de quatorze experts médicaux qui ont conclu qu’il n’y avait aucune preuve médicale de malveillance dans les 17 cas examinés.
“Ils n’ont décrit aucun signe de malveillance causant la mort ou des blessures dans l’un des 17 cas du procès”, a déclaré le Professeur Lee.
Le Dr Gibbs, interviewé dans le documentaire, a exprimé un sentiment partagé : “Elle a été correctement mise en prison, mais une petite partie de moi se sent coupable que nous ayons peut-être arrêté la mauvaise personne.”
Nouvelles preuves et appel en cours
En juillet 2025, la police a soumis de nouvelles preuves concernant neuf bébés supplémentaires. Cependant, le 20 janvier 2026, le Crown Prosecution Service a annoncé qu’il ne porterait pas d’accusations supplémentaires contre Letby.
McDonald a déposé une demande auprès de la Criminal Cases Review Commission (CCRC) pour un nouveau procès, arguant que de nouvelles preuves remettent en question la sécurité de la condamnation. L’affaire continue de susciter un vif intérêt public et soulève des questions fondamentales sur la justice pénale, la fiabilité des preuves médicales et la possibilité d’erreurs judiciaires.
L’affaire Letby est un rappel poignant de la complexité des enquêtes criminelles et de la nécessité d’un examen minutieux des preuves, même après un verdict de culpabilité. Elle souligne également l’importance d’un système judiciaire qui permet la révision des condamnations en cas de doutes légitimes.
Lien vers le documentaire Netflix The Investigation of Lucy Letby
Lien vers l’article du New Yorker
