Les seules pensions obligatoires ne permettront pas d’atteindre l’objectif de revenu de retraite fixé par l’OCDE dans 22 des 30 pays européens étudiés, selon le rapport Pensions Outlook 2026 publié le 4 novembre 2026. L’organisation a calculé pour chaque pays l’« écart de cotisation » : la part supplémentaire du salaire qu’un salarié rémunéré au salaire moyen doit verser dans un régime de retraite volontaire pour viser une pension équivalente à 70 % de son salaire brut.
Un écart de cotisation de 0,4 % à 20,7 %
L’écart varie de 0,4 % en Turquie à 20,7 % en Lituanie pour les hommes aux revenus moyens, selon Euronews. On retrouve des taux à deux chiffres dans dix pays européens, à savoir l’Irlande (19,4 %), la Pologne (17,3 %), la Croatie (15,7 %), la Slovénie (12,5 %), la Lettonie (12,3 %), l’Estonie (12,2 %), la Suisse (12,1 %), l’Allemagne (11,1 %), la Belgique (10,7 %) et l’Islande (10 %). En Pologne et en Hongrie, l’écart est supérieur de respectivement 8,6 et 2,9 points de pourcentage pour les femmes.
La France affiche un écart de 6,2 % selon Euronews, et de 6,22 % selon Tout Sur Mes Finances, qui la classe huitième des 38 pays de l’OCDE, derrière notamment la Suède, la Slovaquie et la Finlande. Sur l’ensemble de l’OCDE, seul le Mexique atteint l’objectif de 70 % avec les seules cotisations obligatoires. Un autre périmètre donne un ordre de grandeur comparable : dans 17 des 41 pays de l’OCDE, les travailleurs masculins aux revenus moyens doivent cotiser au moins 10 % de plus, selon Vietnam, qui reprend le même rapport.

Selon Stéphanie Payet, analyste des politiques à l’OCDE, ces écarts s’expliquent directement par le niveau attendu des pensions obligatoires : plus le taux de remplacement — soit le revenu de retraite exprimé en pourcentage des gains avant le départ — est bas, plus la cotisation volontaire doit être importante. « Lorsque les écarts sont importants, cela signifie que les gens ont souvent trop peu épargné et qu’ils n’auront donc pas assez pour maintenir un bon niveau de vie à la retraite », a déclaré à Euronews le professeur Iain Clacher, de l’Université de Leeds.
De 5 à 1 084 euros par mois à épargner
Converti en montants concrets sur la base des salaires bruts moyens de 2025, le taux de l’OCDE donne des résultats très disparates : la somme mensuelle additionnelle estimée pour les hommes s’échelonne d’environ 5 € par mois en Turquie jusqu’à 1 084 € en Suisse. Cette somme excède 500 € mensuels en Irlande (974 €), en Islande (716 €), en Allemagne (617 €), en Belgique (556 €) ainsi qu’en Norvège (532 €). Au Royaume-Uni, un homme au salaire moyen devrait épargner environ 494 € par mois.
Pour la France, le montant est de 238 € par mois, contre 64 € en Slovaquie, 68 € en Bulgarie, 91 € en Suède et 111 € dans un autre pays européen cité par Euronews. Ces projections intègrent les hausses d’âge de départ déjà inscrites dans les lois. Le professeur Marek Góra, de l’École d’économie de Varsovie, a néanmoins indiqué qu’une hausse de l’âge de départ à la retraite diminuerait l’épargne complémentaire nécessaire, alors qu’une réduction des taux de remplacement l’accroîtrait.
Le pouvoir d’achat à la retraite reste un second facteur : comme l’a souligné le professeur Lauri Leppik, de l’Université de Tallinn, un faible écart de cotisation ne dit pas ce que permet d’acheter une pension obligatoire, les revenus de retraite variant fortement en Europe. Selon Eurostat, cité par Euronews, les dépenses de l’UE consacrées aux pensions de vieillesse se sont élevées en 2023 à environ 1 440 € en moyenne par mois et par bénéficiaire.

En France, la capitalisation ne pèse que 2 % des revenus des retraités
En France, la capitalisation assure à peine 2 % des revenus des retraités, contre environ 15 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, relève Capital.
En France, l’opinion publique se montre favorable à cette orientation : 72 % des Français appuient « le développement d’un système complémentaire de retraite par capitalisation, en plus du système actuel par répartition », d’après un sondage Toluna Harris Interactive pour l’Observatoire Hexagone de février 2025 cité par Capital. Sur les 38 États membres de l’OCDE, seule la moitié disposent de plans d’épargne retraite obligatoires, et dans les 19 pays où le plan est facultatif comme en France, moins de 50 % des actifs y sont affiliés, relève Tout Sur Mes Finances.

Le temps constitue le principal frein à une telle transition : pour atteindre la moyenne de l’OCDE, il faudrait des fonds de pension d’au moins 1 000 milliards d’euros, voire jusqu’à 2 000 milliards, selon Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Épargne, pour qui « il y a une montée en charge qui nécessite quasiment une génération ». Pendant l’intervalle, les pensions actuelles doivent continuer d’être versées. Par ailleurs, la capitalisation volontaire atteint ses limites : les plans d’épargne retraite (PER) représentent environ 150 milliards d’euros, contre plus de 2 000 milliards pour l’assurance-vie, relève François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et président du site Fipeco. La Suède a réformé dès 1994-1999 et l’Allemagne a créé ses plans Riester en 2001.
Le rapport souligne aussi l’ampleur déjà atteinte par les fonds de pension : leurs actifs totaux dans les pays de l’OCDE atteindront 78 000 milliards de dollars d’ici fin 2025, soit 106 % du PIB, contre 62 % en 2001, selon Vietnam. Malgré cette croissance, le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, a estimé que de nombreux travailleurs ne disposent toujours pas de revenus suffisants à la retraite alors même que les dépenses publiques de retraite continuent d’augmenter.
Les pouvoirs publics doivent utiliser davantage les dispositifs de retraite par capitalisation pour améliorer les revenus de retraite
l’OCDE, le 4 novembre 2026, citée par AEF info
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